Partie 3 · Probabilités · Chapitre 18
La somme de variables aléatoires
Espérance, variance, indépendance.
Jusqu’ici, chaque expérience aléatoire donnait naissance à une variable aléatoire. Or les situations concrètes en font intervenir plusieurs à la fois : deux dés que l’on additionne, cent pièces produites dont on veut la masse totale, mille personnes interrogées dont on calcule la proportion. Ce chapitre apprend à manipuler ces combinaisons, et prépare la question qui commande toute la statistique : la moyenne d’un grand échantillon est-elle fiable ?
La somme de deux variables aléatoires
Définition : Somme de deux variables aléatoires
Soient et deux variables aléatoires définies sur le même univers . La somme est la variable aléatoire qui, à chaque issue , associe le nombre :
On définit de même le produit par un réel , et la somme avec un réel .
Remarque : une condition à ne pas oublier
Additionner deux variables aléatoires n’a de sens que si elles décrivent la même expérience. Les deux résultats doivent pouvoir être lus sur une même issue , sans quoi la somme ne veut rien dire.
Exemple : la somme de deux dés
On lance deux dés équilibrés à six faces. On note le résultat du premier, celui du second, et . L’univers compte issues équiprobables. La variable prend les valeurs entières de à , mais pas avec la même probabilité : il n’y a qu’une seule façon d’obtenir , contre six façons d’obtenir .
La linéarité de l’espérance
C’est le résultat central du chapitre, et le plus commode : l’espérance d’une somme est toujours la somme des espérances.
Théorème : Linéarité de l’espérance
Soient et deux variables aléatoires définies sur le même univers, et soient et deux réels. Alors :
Remarque : aucune hypothèse d’indépendance
L’égalité est vraie quelles que soient et , même si elles sont liées entre elles. C’est ce qui en fait un outil aussi puissant : on peut découper une variable compliquée en morceaux simples sans se demander s’ils interagissent.
Exemple
Reprenons les deux dés. Chaque dé a pour espérance . La linéarité donne immédiatement :
Le calcul direct, à partir des onze valeurs de et de leurs probabilités, donnerait le même résultat en dix fois plus de lignes.
Espérance et variance de $aX + b$
Changer d’unité, ajouter une prime fixe, appliquer un tarif : toutes ces opérations transforment en . L’espérance et la variance ne réagissent pas de la même manière.
Théorème : Transformation affine
Soit une variable aléatoire, et soient et deux réels. Alors :
Méthode : lire ces trois formules
- L’espérance suit toute la transformation : elle est multipliée par et décalée de .
- La variance ignore le décalage : translater toutes les valeurs ne change pas la dispersion.
- La variance est multipliée par , et non par , car elle s’exprime en unités au carré.
- L’écart type est multiplié par , avec une valeur absolue, car un écart type est toujours positif.
Exemple
Une machine produit des pièces dont la masse , en grammes, vérifie et . Le coût de production d’une pièce, en centimes, est . Alors :
Le coût moyen est de centimes, avec un écart type de centimes. On remarque que la constante n’intervient nulle part dans la dispersion.
Indépendance et variance d’une somme
Définition : Variables aléatoires indépendantes
Deux variables aléatoires et définies sur le même univers sont dites indépendantes lorsque, pour toute valeur prise par et toute valeur prise par :
Autrement dit, connaître le résultat de l’une ne renseigne en rien sur l’autre.
Exemple
Les résultats de deux dés lancés séparément sont indépendants. En revanche, on tire une carte au hasard dans un jeu de cartes et on pose si la carte est rouge, si c’est un cœur. Alors et , tandis que l’événement est simplement « la carte est un cœur », de probabilité . Comme , ces deux variables ne sont pas indépendantes.
Théorème : Variance d’une somme de variables indépendantes
Si et sont indépendantes, alors :
Remarque : l’hypothèse est indispensable
Contrairement à l’espérance, cette égalité exige l’indépendance. Pour s’en convaincre, prenons , qui est aussi liée à qu’une variable peut l’être. Alors , donc , alors que . Les deux résultats diffèrent dès que .
Propriété : Les écarts types ne s’additionnent pas
Ce sont les variances qui s’ajoutent, jamais les écarts types. Pour et indépendantes :
Par exemple, si et , alors et , donc , et non .
Exemple
Pour un dé équilibré, et . Les deux dés étant indépendants :
L’écart type de chaque dé vaut . On vérifie que est bien inférieur à la somme : les fluctuations des deux dés se compensent en partie.
Échantillon de taille $n$
Définition : Échantillon
Soit une variable aléatoire. Un **échantillon de taille ** de la loi de est une liste de variables aléatoires :
- indépendantes entre elles ;
- et suivant toutes la même loi que .
C’est le modèle mathématique de la répétition d’une expérience dans des conditions identiques : lancers du même dé, pièces prélevées dans la même production, personnes choisies au hasard.
Définition : Somme et moyenne d’un échantillon
À partir d’un échantillon , on définit :
est la somme de l’échantillon, sa moyenne. Ce sont elles aussi des variables aléatoires : leur valeur dépend du hasard.
Théorème : Paramètres de la somme et de la moyenne
Soit un échantillon de taille d’une loi d’espérance et d’écart type . Alors :
Démonstrationexigible au bac
Pour la somme. La linéarité de l’espérance donne , puisque les variables ont la même espérance . Les variables étant de plus indépendantes, les variances s’additionnent :
Pour la moyenne. On applique les formules de la transformation affine à , c’est-à-dire au cas et :
L’écart type s’obtient en prenant la racine carrée : .
Propriété : Ce que dit la formule $\sigma(M_n) = \dfrac{\sigma}{\sqrt{n}}$
L’espérance de ne dépend pas de : quelle que soit la taille de l’échantillon, la moyenne vise toujours . En revanche son écart type décroît quand augmente : plus l’échantillon est grand, moins la moyenne s’écarte de .
Cette décroissance est lente. Pour diviser la dispersion par , il faut quadrupler l’échantillon ; pour la diviser par , il faut le multiplier par .
Exemple
On lance fois un dé équilibré et on note la moyenne des résultats obtenus. Avec et :
Le résultat d’un seul lancer fluctue avec un écart type de ; la moyenne de cent lancers, dix fois moins.
Retour sur la loi binomiale
Le chapitre précédent avait admis les formules et . Elles se démontrent maintenant en quelques lignes.
Démonstration
Soit une variable aléatoire suivant la loi . Notons la variable qui vaut si la -ième épreuve est un succès, et sinon : chaque suit la loi de Bernoulli de paramètre , et le nombre total de succès est .
Pour une variable de Bernoulli, . De plus , car et , donc et :
Les épreuves d’un schéma de Bernoulli étant identiques et indépendantes, est un échantillon de taille de la loi de Bernoulli de paramètre . Le théorème précédent donne alors directement :
Remarque : la fréquence des succès
La moyenne est ici la fréquence des succès. Ses paramètres se lisent aussitôt : et . C’est le point de départ du chapitre suivant.
Erreurs classiques à éviter
Croire que suppose l’indépendance.
Cette égalité est vraie sans aucune condition. C’est la variance, et elle seule, qui réclame l’indépendance.
Écrire sans vérifier l’indépendance.
Cette égalité est fausse en général. Le contre-exemple donne et non . Il faut toujours justifier l’indépendance avant de l’utiliser.
Additionner les écarts types.
Seules les variances s’additionnent. Avec et , on obtient , et non .
Écrire .
Le coefficient est au carré et la constante disparaît : . Une translation ne change pas la dispersion.
Écrire sans valeur absolue.
Un écart type est toujours positif : . Pour , l’écart type est multiplié par , pas par .
Confondre les paramètres de et ceux de .
L’écart type de la somme augmente (), celui de la moyenne diminue (). Repérer d’abord si l’énoncé porte sur un total ou sur une moyenne.
Croire que se rapproche de quand grandit.
exactement, pour toute taille , même . Ce qui diminue avec , c’est l’écart type, donc la fluctuation autour de .
Diviser la dispersion par au lieu de .
C’est la variance qui est divisée par ; l’écart type ne l’est que par . Passer de à observations ne divise l’incertitude que par .
Et maintenant
Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.