Partie 1 · Algèbre et géométrie · Chapitre 4
La représentation paramétrique d’une droite
Point, vecteur directeur, paramètre.
Dans le plan, une droite se décrit par une équation du type . Dans l’espace, cette écriture ne suffit plus : il faut trois coordonnées. La bonne idée est de décrire une droite non pas par une équation, mais par un point de départ et une direction, puis de faire glisser un point le long de cette direction. C’est la représentation paramétrique. Elle s’appuie entièrement sur le calcul vectoriel du chapitre 2.
Rappel : une droite, un point et une direction
On travaille dans un repère de l’espace. Une droite est entièrement déterminée par un de ses points et une direction, donnée par un vecteur directeur.
Théorème : Caractérisation vectorielle d’une droite
Soient un point et un vecteur non nul. La droite passant par et de vecteur directeur est l’ensemble des points tels que et soient colinéaires :
Le réel est le paramètre. À chaque valeur de correspond un point de la droite, et un seul. C’est cette égalité vectorielle que l’on va traduire en coordonnées.
La représentation paramétrique
Définition : Représentation paramétrique d’une droite
Soit la droite passant par et de vecteur directeur . Un point appartient à si et seulement s’il existe un réel tel que :
Ce système est appelé une représentation paramétrique de la droite . Le réel est le paramètre.
Démonstration
On part de la caractérisation vectorielle : pour un certain réel . Le vecteur a pour coordonnées , et a pour coordonnées .
Deux vecteurs sont égaux si et seulement si leurs coordonnées sont égales une à une. L’égalité équivaut donc au système , , , c’est-à-dire au système annoncé.
Exemple : écrire une représentation paramétrique
La droite passe par et a pour vecteur directeur . On reporte les coordonnées de comme termes constants et celles de comme coefficients de :
Pour , on retrouve . Pour , on obtient le point , également sur .
Remarque : une représentation parmi une infinité
Une même droite admet une infinité de représentations paramétriques : on peut changer de point de départ (n’importe quel point de la droite convient) et de vecteur directeur (n’importe quel vecteur non nul colinéaire à ). Il n’y a donc pas « la » représentation, mais « une » représentation.
Le rôle du paramètre
Le paramètre est une sorte de « curseur » : quand il varie dans , le point parcourt toute la droite. Quelques valeurs remarquables :
Propriété
- Pour , le système donne le point : le point de départ correspond toujours au paramètre nul.
- Pour , on obtient le point , c’est-à-dire l’extrémité du vecteur directeur placé en .
- Deux valeurs différentes de donnent deux points différents de la droite.
- Faire varier dans tout entier décrit la droite entière ; le restreindre à un intervalle décrirait un segment ou une demi-droite.
Exemple : placer des points avec le paramètre
Reprenons : , , . En donnant successivement à les valeurs , et , on obtient trois points de la droite :
Déterminer une représentation paramétrique
Méthode : à partir d’un point et d’un vecteur directeur
- Relever les coordonnées du point : ce sont les termes constants.
- Relever les coordonnées du vecteur directeur : ce sont les coefficients de .
- Écrire le système , , , sans oublier « ».
Méthode : à partir de deux points
Si la droite passe par deux points et , on choisit comme point de départ et comme vecteur directeur (il est non nul car ). On calcule d’abord par « arrivée moins départ », puis on applique la méthode précédente.
Exemple : droite passant par deux points
Cherchons une représentation paramétrique de la droite avec et . On calcule le vecteur directeur :
On prend comme point de départ et comme vecteur directeur :
On vérifie : donne , et donne .
Lire un point et un vecteur directeur
L’opération inverse est tout aussi importante : à partir d’une représentation paramétrique, retrouver un point et un vecteur directeur de la droite.
Méthode : lire les informations dans le système
- Le vecteur directeur se lit sur les coefficients de : .
- Un point de la droite se lit sur les termes constants, c’est le point obtenu pour : .
Exemple
Soit la droite de représentation paramétrique , , , avec .
- Vecteur directeur : les coefficients de donnent .
- Point de la droite : les termes constants donnent (obtenu pour ).
Remarque : attention aux signes
Le coefficient de se lit avec son signe. Dans , le coefficient de est , pas . Une erreur de signe sur le vecteur directeur fausse toute la suite : positions relatives, orthogonalité, intersection.
Appartenance d’un point à une droite
Méthode : un point est-il sur la droite ?
Pour savoir si un point appartient à la droite, on cherche **une valeur de qui satisfait les trois équations à la fois**. La marche à suivre :
- Résoudre la première équation en , à partir de .
- Reporter cette valeur dans les deux autres équations.
- Si les deux sont vérifiées, le point est sur la droite. Si l’une échoue, il ne l’est pas.
Exemple : deux points testés
Soit : , , . Le point appartient-il à ?
La première équation donne , donc . On reporte dans les deux autres : (correct), et (correct). Les trois équations sont vérifiées pour : ** appartient à **.
Testons maintenant . La première équation donne , donc . On reporte : . La deuxième équation échoue : ** n’appartient pas à **.
Remarque
Il faut la même valeur de pour les trois équations. Trouver un qui marche pour et un autre pour ne prouve rien : c’est un seul point, donc un seul paramètre.
Positions relatives de deux droites
Deux droites de l’espace peuvent se trouver dans quatre situations. La première question à trancher est toujours celle du parallélisme, en comparant les vecteurs directeurs.
Propriété : Les quatre cas
- Vecteurs directeurs colinéaires : les droites sont parallèles. Elles sont confondues si elles ont un point commun, strictement parallèles sinon.
- Vecteurs directeurs non colinéaires : les droites ne sont pas parallèles. Elles sont sécantes si elles ont un point commun (un seul), non coplanaires si elles n’en ont aucun.
Méthode : déterminer la position de deux droites
- Étape 1 : lire les deux vecteurs directeurs et tester leur colinéarité.
- Étape 2, si colinéaires : prendre un point de la première droite et regarder s’il appartient à la seconde. Si oui, droites confondues ; sinon, strictement parallèles.
- Étape 2, si non colinéaires : chercher un point commun en résolvant le système. S’il existe, droites sécantes ; sinon, non coplanaires.
Remarque : la spécificité de l’espace
Dans le plan, deux droites non parallèles se coupent forcément. Dans l’espace, elles peuvent être non coplanaires : ni parallèles, ni sécantes. C’est pourquoi on ne peut jamais conclure « sécantes » sans avoir effectivement trouvé un point commun.
Chercher un point d’intersection
Méthode : le piège des deux paramètres
Pour chercher l’intersection de deux droites, on cherche un point commun. Mais chaque droite a son propre paramètre : il faut donc deux paramètres différents, souvent notés pour la première et (ou ) pour la seconde. On écrit l’égalité des coordonnées, ce qui donne un système de trois équations à deux inconnues.
Exemple : intersection de deux droites
Soit : , , , et : , , . On cherche leur éventuel point commun.
Les vecteurs directeurs sont et . Ils ne sont pas colinéaires : les droites ne sont donc pas parallèles. On égale les coordonnées, avec les deux paramètres :
On résout avec les deux premières équations. Elles se réécrivent et . En additionnant : , donc , puis .
On vérifie impérativement dans la troisième équation : . Le membre de gauche vaut , tandis que le membre de droite vaut . Il faudrait donc que , ce qui est faux. Le système n’a pas de solution.
Conclusion : les droites et ne sont ni parallèles, ni sécantes. Elles sont non coplanaires.
Exemple : un cas où elles se coupent
Reprenons : , , , et cette fois : , , . Les vecteurs et sont colinéaires () : les droites sont parallèles.
Le point de (pour ) appartient-il à ? On résout , donc ; on reporte : (correct), (correct). Le point commun existe, donc les droites sont confondues : et sont la même droite.
Erreurs classiques à éviter
Utiliser le même paramètre pour deux droites différentes quand on cherche leur intersection.
Chaque droite a son propre paramètre. On note pour l’une et pour l’autre, sinon on impose à tort une contrainte qui fausse tout.
Lire le vecteur directeur sans tenir compte des signes.
Dans , le coefficient de est . Le vecteur directeur se lit sur les coefficients de , signe compris.
Conclure qu’un point est sur la droite après avoir vérifié une seule des trois équations.
Il faut une même valeur de qui satisfait les trois équations. On trouve avec l’une, on vérifie avec les deux autres.
Oublier de vérifier la troisième équation lors d’une recherche d’intersection.
Le système a trois équations pour deux inconnues. On en résout deux, mais c’est la troisième qui décide si le point commun existe vraiment.
Croire que deux droites de directions différentes se coupent forcément.
Vrai dans le plan, faux dans l’espace : elles peuvent être non coplanaires. On ne conclut « sécantes » qu’après avoir trouvé un point commun.
Confondre représentation paramétrique et équation cartésienne.
Une représentation paramétrique (un système avec un paramètre) décrit une droite. Une équation cartésienne décrit un plan (chapitre 5).
Penser qu’une droite a une seule représentation paramétrique.
Il y en a une infinité : tout point de la droite et tout vecteur directeur colinéaire conviennent. Deux systèmes différents peuvent décrire la même droite.
Et maintenant
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