Partie 1 · Algèbre et géométrie · Chapitre 3
Le produit scalaire
Orthogonalité, norme, base orthonormée, projeté orthogonal.
Le produit scalaire est le seul outil du programme qui relie les vecteurs aux angles et aux longueurs. Avec lui, on mesure un angle, on teste une perpendicularité, on calcule une distance, et on décrit un plan par un unique vecteur qui lui est orthogonal. Il prolonge dans l’espace le produit scalaire vu en Première, sans rien changer aux règles de calcul.
Norme d’un vecteur et rappels
Définition : Norme
La norme d’un vecteur est sa longueur, c’est-à-dire la distance . On la note ou .
Une norme est toujours positive ou nulle. Elle est nulle si et seulement si le vecteur est le vecteur nul : .
Propriété : Norme et produit par un réel
Pour tout vecteur et tout réel :
La valeur absolue est indispensable : une norme ne peut pas être négative, même si l’est.
Définition du produit scalaire
Deux vecteurs de l’espace sont toujours coplanaires : on peut donc les représenter dans un même plan et y définir leur produit scalaire exactement comme en Première. Trois expressions équivalentes coexistent, chacune utile selon les données.
Définition : Produit scalaire, avec l’angle
Soient et deux vecteurs non nuls. Leur produit scalaire est le nombre réel :
où désigne l’angle géométrique entre les deux vecteurs. Si l’un des vecteurs est nul, on pose .
Remarque : un nombre, pas un vecteur
Le résultat d’un produit scalaire est un nombre réel (un scalaire), d’où son nom. Ce n’est jamais un vecteur. On note le produit scalaire avec un point centré , à ne pas confondre avec la multiplication d’un vecteur par un réel.
Définition : Produit scalaire, avec le projeté
Soient et . Soit le projeté orthogonal de sur la droite . Alors :
Définition : Produit scalaire, avec les normes
Pour tous vecteurs et , le produit scalaire s’exprime à l’aide des normes seules :
Cette forme, dite de polarisation, est très utile quand on connaît les longueurs des côtés d’une figure mais aucun angle.
Propriété : Carré scalaire
Le produit scalaire d’un vecteur par lui-même est le carré de sa norme. On l’appelle le carré scalaire :
En effet, l’angle d’un vecteur avec lui-même est nul, donc et .
Symétrie et bilinéarité
Ce sont les règles qui autorisent à « développer » un produit scalaire comme un produit algébrique. Elles sont au programme et servent dans presque toutes les démonstrations du chapitre.
Propriété : Symétrie
Pour tous vecteurs et , l’ordre n’a pas d’importance :
Propriété : Bilinéarité
Pour tous vecteurs , , et tout réel , le produit scalaire se distribue sur l’addition et sort les coefficients :
Grâce à la symétrie, ces règles valent aussi sur le premier facteur : le produit scalaire est linéaire par rapport à chacun de ses deux vecteurs, d’où le nom de bilinéarité.
Propriété : Identités remarquables vectorielles
La bilinéarité et la symétrie donnent des identités calquées sur celles de l’algèbre :
Démonstration (développement de la norme d’une somme)
On part du carré scalaire, puis on développe grâce à la bilinéarité, comme un produit remarquable :
Les deux termes croisés sont égaux par symétrie (), et les carrés scalaires valent les normes au carré. On obtient .
Exemple : calculer un produit scalaire à partir des longueurs
Soit un triangle avec , et . Calculons sans connaître l’angle, grâce à la forme de polarisation. On remarque que , donc :
Orthogonalité
Définition : Vecteurs orthogonaux
Deux vecteurs et sont orthogonaux, ce que l’on note , lorsque leur produit scalaire est nul :
Remarque : orthogonal, perpendiculaire : la nuance
Le mot perpendiculaire est réservé aux droites qui se coupent en formant un angle droit. Deux vecteurs, eux, sont orthogonaux : le mot couvre aussi le cas de droites qui ne se coupent pas mais dont les directions font un angle droit. Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur, puisque .
Théorème : Théorème de Pythagore vectoriel
Pour deux vecteurs et :
Démonstration
On part de l’identité . L’égalité de Pythagore équivaut donc à , c’est-à-dire à , soit l’orthogonalité de et .
Base et repère orthonormés
Définition : Base orthonormée
Une base de l’espace est orthonormée lorsque ses trois vecteurs sont :
- deux à deux orthogonaux : ;
- unitaires, c’est-à-dire de norme 1 : .
Un repère orthonormé est un repère dont la base est orthonormée. On dit aussi orthonormal.
Remarque
Toutes les formules analytiques qui suivent (produit scalaire, norme, distance à partir des coordonnées) ne sont valables que dans un repère orthonormé. C’est la condition à vérifier avant de les appliquer.
Expression analytique dans un repère orthonormé
Théorème : Produit scalaire en coordonnées
Dans un repère orthonormé, soient et . Alors :
Démonstration
On décompose et , puis on développe par bilinéarité. Le produit fait apparaître neuf termes du type .
Comme la base est orthonormée, les produits croisés sont nuls (, etc.) et les carrés scalaires valent 1 (, etc.). Il ne survit que les trois termes diagonaux :
Théorème : Norme et distance en coordonnées
Dans un repère orthonormé, pour :
et pour deux points et , la distance vaut :
La norme se déduit du produit scalaire : .
Propriété : Test d’orthogonalité en coordonnées
Dans un repère orthonormé, et sont orthogonaux si et seulement si :
Exemple : orthogonalité et angle
Soient et dans un repère orthonormé. Leur produit scalaire vaut :
Le produit scalaire est nul : les vecteurs et sont orthogonaux.
Méthode : calculer un angle avec le produit scalaire
On combine les deux expressions du produit scalaire, celle avec l’angle et celle avec les coordonnées, pour isoler le cosinus :
On calcule le produit scalaire et les deux normes en coordonnées, on en déduit le cosinus, puis l’angle avec la touche (ou ) de la calculatrice.
Vecteur normal à un plan
Définition : Vecteur normal
Un vecteur non nul est un vecteur normal à un plan lorsqu’il est orthogonal à tout vecteur directeur de .
Théorème : Vecteur normal et direction du plan
Soit un plan dirigé par deux vecteurs non colinéaires et . Un vecteur non nul est normal à si et seulement s’il est orthogonal à la fois à et à :
Il suffit donc de tester l’orthogonalité sur deux vecteurs directeurs non colinéaires, pas sur tous les vecteurs du plan.
Démonstration
Le sens direct est immédiat : si est normal à , il est orthogonal à tout vecteur directeur, donc en particulier à et .
Réciproquement, supposons et . Tout vecteur directeur de s’écrit . Par bilinéarité :
Donc est orthogonal à tout vecteur directeur de : c’est bien un vecteur normal.
Propriété : Caractérisation d’un plan par un point et un vecteur normal
Soient un point et un vecteur non nul. Il existe un unique plan passant par et de vecteur normal . C’est l’ensemble des points tels que :
Un plan est donc entièrement déterminé par un point et une seule direction orthogonale. C’est cette idée qui conduit à l’équation cartésienne d’un plan, étudiée au chapitre 5.
Exemple : trouver un vecteur normal
Un plan est dirigé par et . Cherchons un vecteur normal . Il doit vérifier le système :
En choisissant , on obtient le vecteur normal . On vérifie : et .
Le projeté orthogonal
Définition : Projeté orthogonal sur une droite
Soit une droite et un point de l’espace. Le projeté orthogonal de sur est l’unique point de tel que soit orthogonal à un vecteur directeur de .
Définition : Projeté orthogonal sur un plan
Soit un plan et un point de l’espace. Le projeté orthogonal de sur est l’unique point de tel que soit colinéaire à un vecteur normal de .
Propriété : Le projeté réalise la distance minimale
Le projeté orthogonal de sur une droite ou un plan est le point de cet objet le plus proche de . La distance de à la droite, ou au plan, est donc la longueur :
C’est pourquoi le projeté orthogonal intervient dans tous les calculs de distance d’un point à une droite ou à un plan.
Démonstration (le projeté minimise la distance)
Soit le projeté orthogonal de sur un plan , et un point quelconque de . Par Chasles, . Or est normal au plan et est un vecteur du plan : ils sont orthogonaux. Par le théorème de Pythagore vectoriel :
Donc , avec égalité seulement si , c’est-à-dire si . Le projeté est bien le point le plus proche.
Exemple : aire d’un triangle par le produit scalaire
Le produit scalaire donne l’angle, donc l’aire. Reprenons le triangle avec , et . On en tire le cosinus de l’angle en :
Puis , et l’aire vaut .
Erreurs classiques à éviter
Croire que le produit scalaire est un vecteur.
C’est un nombre réel. Écrire « est colinéaire à... » n’a aucun sens.
Appliquer dans un repère quelconque.
Cette formule n’est valable que dans un repère orthonormé. Toujours le vérifier avant de l’utiliser.
Oublier le facteur 2 dans .
Le développement correct est , exactement comme .
Conclure qu’un plan est orthogonal à après avoir testé un seul vecteur directeur.
Il faut l’orthogonalité avec deux vecteurs directeurs non colinéaires. Un seul ne suffit pas à fixer la direction du plan.
Écrire avec négatif.
Une norme est positive : , avec la valeur absolue.
Penser que « produit scalaire nul » signifie « un des deux vecteurs est nul ».
Un produit scalaire nul signale surtout l’orthogonalité : deux vecteurs non nuls perpendiculaires ont un produit scalaire nul.
Chercher la distance d’un point à un plan sans passer par le projeté orthogonal.
La distance est la longueur où est le projeté orthogonal, c’est-à-dire le point du plan le plus proche.
Et maintenant
Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.