Partie 1 · Algèbre et géométrie · Chapitre 2
Le calcul vectoriel dans l’espace
Translation, combinaisons linéaires, droites et plans de l’espace.
Tout ce que tu sais des vecteurs du plan reste vrai dans l’espace : les définitions, la relation de Chasles, la colinéarité. Une seule nouveauté, mais elle change tout : il faut désormais trois nombres pour repérer un point, et deux droites peuvent ne pas être parallèles sans jamais se couper. Ce chapitre est la base des trois suivants, produit scalaire compris.
Vecteurs de l’espace et translations
Définition : Vecteur
Soient et deux points de l’espace. Le vecteur est défini par trois données :
- sa direction : celle de la droite ;
- son sens : de vers ;
- sa norme (ou longueur) : la distance , notée .
Si , on obtient le vecteur nul , de norme nulle, sans direction ni sens.
Définition : Translation
Soit un vecteur de l’espace. La **translation de vecteur ** est la transformation qui, à tout point , associe l’unique point tel que .
Autrement dit, un vecteur est une instruction de déplacement : « avance de tant, dans cette direction, dans ce sens ». Le point de départ n’a aucune importance.
Propriété : Égalité de deux vecteurs
Deux vecteurs sont égaux lorsqu’ils ont même direction, même sens et même norme. Pour quatre points , , et de l’espace, avec , , non alignés :
Remarque : attention à l’ordre des lettres
C’est bien , et non . Pour t’en convaincre, dessine : si , alors en partant de tu vas vers , puis de tu rejoins , puis vers , puis revient en . Le tour du parallélogramme se fait dans l’ordre , , , .
Propriété : Représentants d’un vecteur
Pour tout vecteur et tout point de l’espace, il existe un unique point tel que . On dit que est le représentant de d’origine .
Conséquence pratique très utile : on peut toujours ramener un vecteur à l’origine de son choix. C’est ce qui permet de comparer des vecteurs éparpillés dans une figure.
Les opérations sur les vecteurs
Définition : Somme de deux vecteurs
La somme est le vecteur associé à l’enchaînement des deux translations : on applique d’abord la translation de vecteur , puis celle de vecteur .
Théorème : Relation de Chasles
Pour tous points , et de l’espace :
C’est l’outil numéro un du calcul vectoriel : il permet de décomposer un vecteur en passant par n’importe quel point intermédiaire, ou au contraire de recoller une chaîne de vecteurs.
Propriété : Vecteur opposé
Pour tous points et :
Définition : Produit d’un vecteur par un réel
Soient un vecteur non nul et un réel non nul. Le vecteur est le vecteur :
- de même direction que ;
- de même sens que si , de sens contraire si ;
- de norme .
Si ou , alors .
Propriété : Règles de calcul
Pour tous vecteurs et et tous réels et , les calculs se mènent comme en algèbre :
Exemple : simplifier une expression vectorielle
Simplifions . On applique Chasles sur les deux premiers termes, puis on regroupe :
Propriété : Milieu d’un segment
Le point est le milieu du segment si et seulement si :
Colinéarité et droites de l’espace
Définition : Vecteurs colinéaires
Deux vecteurs et sont colinéaires s’il existe un réel tel que , ou s’il existe un réel tel que .
En clair : deux vecteurs colinéaires ont la même direction. Le vecteur nul est colinéaire à tout vecteur, puisque .
Remarque
Si et sont tous les deux non nuls, la définition se simplifie : ils sont colinéaires si et seulement s’il existe un réel , forcément non nul, tel que .
Définition : Vecteur directeur d’une droite
Soit une droite de l’espace. Un vecteur non nul est un vecteur directeur de s’il existe deux points distincts et de tels que .
Une droite possède une infinité de vecteurs directeurs : ce sont tous les vecteurs non nuls colinéaires entre eux. Un vecteur directeur donne la direction de la droite, pas sa position.
Théorème : Caractérisation vectorielle d’une droite
Soient un point de l’espace et un vecteur non nul. La droite passant par et de vecteur directeur est l’ensemble des points de l’espace tels que :
En particulier, pour deux points distincts et : et sont colinéaires.
Méthode : montrer que trois points sont alignés
Pour prouver que , et sont alignés, on montre que deux vecteurs formés par ces points sont colinéaires, par exemple et : il suffit d’exhiber un réel tel que .
Propriété : Droites parallèles
Deux droites de l’espace sont parallèles si et seulement si leurs vecteurs directeurs sont colinéaires.
Remarque : la grande nouveauté de l’espace
Dans le plan, deux droites non parallèles se coupent toujours. C’est faux dans l’espace : deux droites peuvent n’être ni parallèles, ni sécantes. On dit alors qu’elles sont non coplanaires. Dans un cube , les droites et en sont un exemple : elles ne se rencontrent jamais et n’ont pas la même direction.
Les combinaisons linéaires
Définition : Combinaison linéaire
Soient et deux vecteurs de l’espace. Tout vecteur qui s’écrit :
est appelé combinaison linéaire de et . La définition s’étend à trois vecteurs ou plus : .
Exemple
Dans un parallélépipède (avec , et portant trois arêtes issues de ), la grande diagonale s’écrit comme combinaison linéaire des trois arêtes :
On l’obtient par Chasles : , puis en remarquant que et .
Vecteurs coplanaires
Définition : Vecteurs coplanaires
Trois vecteurs , et sont coplanaires lorsque, en choisissant un point quelconque et en construisant les points , et tels que , et , les quatre points , , et appartiennent à un même plan.
Cette définition ne dépend pas du point choisi : c’est une propriété des directions, pas des positions.
Théorème : Caractérisation des vecteurs coplanaires
Soient et deux vecteurs non colinéaires, et un vecteur quelconque. Alors :
De plus, ce couple est unique.
Démonstration (unicité du couple)
Supposons que s’écrive de deux façons : et . En soustrayant membre à membre :
Raisonnons par l’absurde en supposant . On peut alors diviser : , ce qui signifie que et sont colinéaires. C’est contraire à l’hypothèse. Donc , c’est-à-dire . L’égalité devient , et comme est non nul (il n’est pas colinéaire à ), on conclut .
Méthode : montrer que quatre points sont coplanaires
Pour prouver que , , et sont coplanaires, on montre que les trois vecteurs , et sont coplanaires : on cherche deux réels et tels que . Si un tel couple existe, les quatre points sont dans le plan .
Direction et caractérisation d’un plan
Définition : Direction d’un plan
La direction d’un plan est donnée par un couple de vecteurs non colinéaires , tous deux représentables par des vecteurs de . Un tel couple est appelé couple de vecteurs directeurs de .
Une droite se dirige avec un vecteur, un plan avec deux vecteurs non colinéaires. C’est toute la différence entre la dimension 1 et la dimension 2.
Théorème : Caractérisation vectorielle d’un plan
Soient un point de l’espace et un couple de vecteurs non colinéaires. Le plan passant par et dirigé par et est l’ensemble des points tels que :
En particulier, si , et sont trois points non alignés, ils définissent un unique plan , et :
Propriété : Parallélisme
- Une droite de vecteur directeur est parallèle à un plan dirigé par si et seulement si , et sont coplanaires, c’est-à-dire si est une combinaison linéaire de et .
- Deux plans sont parallèles si et seulement s’ils ont la même direction, c’est-à-dire si les vecteurs directeurs de l’un sont des combinaisons linéaires des vecteurs directeurs de l’autre.
Bases et repères de l’espace
Définition : Base de l’espace
Un triplet de vecteurs est une base de l’espace lorsque ces trois vecteurs sont non coplanaires.
Théorème : Décomposition dans une base
Soit une base de l’espace. Tout vecteur de l’espace se décompose de manière unique sous la forme :
Le triplet est appelé triplet de coordonnées de dans cette base.
Définition : Repère de l’espace
Un repère de l’espace est un quadruplet formé d’un point , appelé origine, et d’une base .
Les coordonnées d’un point dans ce repère sont les coordonnées du vecteur dans la base : si , on note .
Remarque : base ou repère ?
Une base donne les directions : elle sert à repérer les vecteurs. Un repère ajoute une origine : il sert à repérer les points. Un vecteur a des coordonnées dans une base, un point en a dans un repère.
Les calculs en coordonnées
On se place désormais dans un repère . Toutes les formules ci-dessous sont celles du plan, avec une troisième coordonnée en plus.
Propriété : Coordonnées d’un vecteur défini par deux points
Si et , alors :
Moyen mnémotechnique : coordonnées de l’arrivée moins celles du départ.
Propriété : Somme et produit par un réel
Si et , et si est un réel, alors :
Propriété : Milieu d’un segment
Le milieu du segment a pour coordonnées :
Propriété : Égalité et colinéarité en coordonnées
- Égalité : si et seulement si , et . Une égalité vectorielle équivaut à trois égalités numériques.
- Colinéarité : et sont colinéaires si et seulement s’il existe un réel tel que , et (ou l’inverse si est le vecteur nul).
Méthode : tester la colinéarité de deux vecteurs de l’espace
On cherche le coefficient sur une coordonnée non nulle, puis on vérifie sur les deux autres. Exemple avec et : sur la première coordonnée, donne . On vérifie : (correct), et (correct). Les vecteurs sont colinéaires.
Le produit en croix du plan, , ne suffit pas dans l’espace : il ne teste que deux coordonnées sur trois. Il faut vérifier les trois.
Exemple : coplanarité en coordonnées, pas à pas
Soient , , et . Les points sont-ils coplanaires ?
On calcule les trois vecteurs issus de : , et .
et ne sont pas colinéaires (la troisième coordonnée de est nulle, pas celle de ). On cherche donc et tels que , ce qui donne le système :
La troisième équation donne . La première donne alors , soit . On vérifie sur l’équation restante : . Le système n’a pas de solution.
Conclusion : n’est pas une combinaison linéaire de et , donc les points , , et ne sont pas coplanaires.
Positions relatives : le récapitulatif
Toutes les questions de position relative se ramènent au calcul vectoriel de ce chapitre. Voici les cas à connaître.
| Objets | Cas possibles | Comment trancher |
|---|---|---|
| Deux droites | confondues, strictement parallèles, sécantes, non coplanaires | Vecteurs directeurs colinéaires ? Si oui, parallèles (confondues si un point est commun). Sinon, chercher un point commun : s’il n’y en a pas, elles sont non coplanaires. |
| Une droite et un plan | droite incluse, parallèle stricte, sécante en un point | Le vecteur directeur est-il combinaison linéaire des deux vecteurs directeurs du plan ? Si oui, parallèle (incluse si un point de la droite est dans le plan). Sinon, sécante. |
| Deux plans | confondus, strictement parallèles, sécants selon une droite | Même direction ? Si oui, parallèles (confondus si un point est commun). Sinon, l’intersection est une droite. |
Remarque
Deux plans de l’espace ne se coupent jamais en un seul point : soit ils sont parallèles, soit leur intersection est une droite entière. C’est une erreur classique en fin de chapitre.
Erreurs classiques à éviter
Croire que deux droites non parallèles de l’espace sont forcément sécantes.
C’est vrai dans le plan, faux dans l’espace : elles peuvent être non coplanaires. Après avoir écarté le parallélisme, il faut encore chercher un point commun.
Écrire est un parallélogramme.
C’est qui est un parallélogramme. Pour , la bonne égalité est .
Tester la colinéarité de deux vecteurs de l’espace avec le produit en croix .
Ce critère du plan ignore la troisième coordonnée. Dans l’espace, on cherche sur une coordonnée puis on vérifie les trois.
Diriger un plan par deux vecteurs colinéaires.
Deux vecteurs colinéaires ne donnent qu’une seule direction, donc une droite. Un plan exige un couple de vecteurs non colinéaires.
Oublier de vérifier la dernière équation d’un système de coplanarité.
Deux équations suffisent à trouver et , mais c’est la troisième qui décide. Si elle n’est pas vérifiée, les points ne sont pas coplanaires.
Confondre base et repère.
Une base, ce sont trois vecteurs non coplanaires : elle repère les vecteurs. Un repère ajoute une origine : il repère les points.
Oublier que le vecteur nul est colinéaire à tout vecteur.
pour tout . En revanche, un vecteur directeur d’une droite doit être non nul.
Penser que deux plans peuvent se couper en un seul point.
Impossible : deux plans sont soit parallèles, soit sécants selon une droite entière.
Et maintenant
Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.