Le Cahier de Maths

Partie 1 · Algèbre et géométrie · Chapitre 1

Le dénombrement

Produit cartésien, listes, factorielle, combinaisons, permutations.

Dénombrer, c’est compter le nombre d’éléments d’un ensemble sans les énumérer un par un. Combien de codes à 4 chiffres ? De podiums possibles dans une course ? De mains de 5 cartes dans un jeu de 32 ? Ce chapitre construit les outils qui répondent à toutes ces questions, et qui serviront de socle à la loi binomiale en probabilités (chapitre 17).

Dans tout le chapitre, la lettre EE désigne un ensemble fini et nn un entier naturel.

Ensembles finis et cardinal

Définition : Cardinal

Un ensemble EE est dit fini s’il possède un nombre entier d’éléments. Ce nombre s’appelle le cardinal de EE et se note Card(E)\text{Card}(E). On rencontre aussi les notations E|E| et #E\#E.

Exemple

L’ensemble E={a;b;c;d}E = \{a\,;\, b\,;\, c\,;\, d\} vérifie Card(E)=4\text{Card}(E) = 4. L’ensemble des chiffres {0;1;;9}\{0\,;\,1\,;\,\dots\,;\,9\} a pour cardinal 1010. L’ensemble vide \varnothing a pour cardinal 00.

Premier outil du chapitre : quand une situation se découpe en cas qui ne se recoupent pas, on additionne les comptes. C’est le principe additif.

Définition : Ensembles disjoints

Deux ensembles AA et BB sont disjoints lorsqu’ils n’ont aucun élément en commun, c’est-à-dire lorsque AB=A \cap B = \varnothing.

Théorème : Principe additif

Si AA et BB sont deux ensembles finis disjoints, alors :

Card(AB)=Card(A)+Card(B)\text{Card}(A \cup B) = \text{Card}(A) + \text{Card}(B)

Plus généralement, si A1,A2,,ApA_1, A_2, \dots, A_p sont des ensembles finis deux à deux disjoints, alors Card(A1A2Ap)=Card(A1)+Card(A2)++Card(Ap)\text{Card}(A_1 \cup A_2 \cup \dots \cup A_p) = \text{Card}(A_1) + \text{Card}(A_2) + \dots + \text{Card}(A_p).

Exemple : compter par cas

Dans une classe, 24 élèves suivent l’option espagnol, 18 l’option italien, et aucun élève ne suit les deux. Le nombre d’élèves suivant une option est la taille de la réunion de deux ensembles disjoints :

24+18=42 eˊleˋves.24 + 18 = 42 \text{ élèves.}
AB2418espagnolitalien
Deux ensembles disjoints : on additionne les cardinaux.

Réflexe à retenir : dès qu’un dénombrement se traite en plusieurs cas incompatibles (« ou bien... ou bien... »), on compte chaque cas séparément puis on additionne.

Remarque

Si AA et BB ne sont pas disjoints, les éléments de ABA \cap B sont comptés deux fois par la somme. La formule générale est Card(AB)=Card(A)+Card(B)Card(AB)\text{Card}(A \cup B) = \text{Card}(A) + \text{Card}(B) - \text{Card}(A \cap B).

Le produit cartésien et le principe multiplicatif

Définition : Produit cartésien

Soient EE et FF deux ensembles. Le produit cartésien de EE par FF, noté E×FE \times F (lire « EE croix FF »), est l’ensemble des couples (x;y)(x\,;\, y)xx appartient à EE et yy appartient à FF.

Remarque

Dans un couple, l’ordre compte : le couple (1;2)(1\,;\,2) est différent du couple (2;1)(2\,;\,1). C’est ce qui distingue un couple d’un ensemble à deux éléments, pour lequel {1;2}={2;1}\{1\,;\,2\} = \{2\,;\,1\}.

Exemple

Si E={a;b}E = \{a\,;\, b\} et F={1;2;3}F = \{1\,;\, 2\,;\, 3\}, alors E×FE \times F contient exactement les 6 couples suivants :

(a;1), (a;2), (a;3), (b;1), (b;2), (b;3)(a\,;1),\ (a\,;2),\ (a\,;3),\ (b\,;1),\ (b\,;2),\ (b\,;3)

On observe que Card(E×F)=2×3=6\text{Card}(E \times F) = 2 \times 3 = 6. C’est un résultat général.

F :123E :ab(a ; 1)(a ; 2)(a ; 3)(b ; 1)(b ; 2)(b ; 3)
Chaque case est un couple : 2 lignes fois 3 colonnes donnent 6 couples.

Théorème : Cardinal d’un produit cartésien

Si EE et FF sont deux ensembles finis, alors :

Card(E×F)=Card(E)×Card(F)\text{Card}(E \times F) = \text{Card}(E) \times \text{Card}(F)

Plus généralement, pour kk ensembles finis E1,E2,,EkE_1, E_2, \dots, E_k, le produit cartésien E1×E2××EkE_1 \times E_2 \times \dots \times E_k est l’ensemble des **kk-uplets** (x1;x2;;xk)(x_1\,;\, x_2\,;\, \dots\,;\, x_k) avec xiEix_i \in E_i pour chaque ii, et son cardinal vaut Card(E1)×Card(E2)××Card(Ek)\text{Card}(E_1) \times \text{Card}(E_2) \times \dots \times \text{Card}(E_k).

Méthode : Le principe multiplicatif

Quand une situation se construit en plusieurs étapes successives, et que le nombre de choix à chaque étape ne dépend pas des choix précédents, le nombre total de possibilités est le produit des nombres de choix de chaque étape.

  • Étape 1 : n1n_1 choix possibles.
  • Étape 2 : n2n_2 choix possibles, quel que soit le choix fait à l’étape 1.
  • ... et ainsi de suite jusqu’à l’étape kk.
  • Nombre total de possibilités : n1×n2××nkn_1 \times n_2 \times \dots \times n_k.
départE1E23 choix3 choix
Un arbre de choix : 2 possibilités, puis 3 à chaque fois, donnent 6 chemins.

Exemple : composer un menu

Une cantine propose 3 entrées, 4 plats et 2 desserts. Un menu complet est un triplet (entrée, plat, dessert), c’est-à-dire un élément du produit cartésien Entrées ×\times Plats ×\times Desserts. Le nombre de menus possibles est donc :

3×4×2=243 \times 4 \times 2 = 24

Rédaction attendue : on identifie les étapes (choisir l’entrée, puis le plat, puis le dessert), on justifie que les choix sont indépendants, puis on applique le principe multiplicatif.

Les k-uplets : des listes avec répétition

Définition : k-uplet

Soit EE un ensemble et kk un entier naturel non nul. Un **kk-uplet** de EE (on dit aussi une **kk-liste**) est une liste ordonnée (x1;x2;;xk)(x_1\,;\, x_2\,;\, \dots\,;\, x_k) de kk éléments de EE, non nécessairement distincts. C’est un élément de E×E××E=EkE \times E \times \dots \times E = E^k.

Deux caractéristiques à retenir : l’ordre compte (le triplet (1;2;3)(1\,;\,2\,;\,3) n’est pas le triplet (3;2;1)(3\,;\,2\,;\,1)) et les répétitions sont autorisées (le triplet (7;7;7)(7\,;\,7\,;\,7) est un triplet valide).

Théorème : Nombre de k-uplets

Si Card(E)=n\text{Card}(E) = n, le nombre de kk-uplets de EE est :

nkn^k

Démonstration

On construit un kk-uplet en kk étapes : on choisit x1x_1 (nn possibilités), puis x2x_2 (nn possibilités, car les répétitions sont autorisées), et ainsi de suite jusqu’à xkx_k. Par le principe multiplicatif, il y a n×n××nk facteurs=nk\underbrace{n \times n \times \dots \times n}_{k \text{ facteurs}} = n^k possibilités.

Exemple : codes et mots binaires

  • Code de carte bancaire : un code est un 4-uplet de l’ensemble des chiffres {0;1;;9}\{0\,;\,1\,;\,\dots\,;\,9\}, qui a 10 éléments. Il y a donc 104=1000010^4 = 10\,000 codes possibles.
  • Octet : un octet est un 8-uplet de {0;1}\{0\,;\,1\}. Il y a 28=2562^8 = 256 octets.
  • Grille de QCM : pour 10 questions à 4 propositions chacune, une grille de réponses est un 10-uplet d’un ensemble à 4 éléments : 410=10485764^{10} = 1\,048\,576 grilles possibles.

Remarque : ne pas inverser la puissance

Le bon réflexe : (nombre de choix par case)nombre de cases(\text{nombre de choix par case})^{\text{nombre de cases}}. Pour le code de carte bancaire, chaque case offre 10 choix et il y a 4 cases : 10410^4, et surtout pas 4104^{10}.

Le nombre de parties d’un ensemble

Définition : Partie d’un ensemble

Une partie de EE (on dit aussi un sous-ensemble) est un ensemble AA dont tous les éléments appartiennent à EE. On note P(E)\mathcal{P}(E) l’ensemble de toutes les parties de EE. L’ensemble vide \varnothing et EE lui-même sont toujours des parties de EE.

Exemple

Pour E={a;b;c}E = \{a\,;\, b\,;\, c\}, les parties de EE sont au nombre de 8 :

, {a}, {b}, {c}, {a;b}, {a;c}, {b;c}, {a;b;c}\varnothing,\ \{a\},\ \{b\},\ \{c\},\ \{a\,;b\},\ \{a\,;c\},\ \{b\,;c\},\ \{a\,;b\,;c\}

On constate que 8=238 = 2^3. Là encore, c’est un résultat général.

Théorème : Nombre de parties

Si Card(E)=n\text{Card}(E) = n, alors le nombre de parties de EE est :

Card(P(E))=2n\text{Card}\big(\mathcal{P}(E)\big) = 2^n

Démonstration

Numérotons les éléments de EE : x1,x2,,xnx_1, x_2, \dots, x_n. À toute partie AA de EE, on associe le nn-uplet (b1;b2;;bn)(b_1\,;\, b_2\,;\, \dots\,;\, b_n) de {0;1}\{0\,;\,1\} défini par : bi=1b_i = 1 si xiAx_i \in A, et bi=0b_i = 0 sinon.

Cette association met les parties de EE en correspondance parfaite avec les nn-uplets de {0;1}\{0\,;\,1\} : deux parties différentes donnent deux nn-uplets différents, et tout nn-uplet correspond à exactement une partie (celle des xix_i pour lesquels bi=1b_i = 1). Il y a donc autant de parties de EE que de nn-uplets de {0;1}\{0\,;\,1\}, c’est-à-dire 2n2^n.

Exemple

Avec E={a;b;c}E = \{a\,;\, b\,;\, c\} : la partie {a;c}\{a\,;\, c\} correspond au triplet (1;0;1)(1\,;\, 0\,;\, 1), la partie vide au triplet (0;0;0)(0\,;\, 0\,;\, 0), et EE tout entier à (1;1;1)(1\,;\, 1\,;\, 1).

Les k-uplets d’éléments distincts : les arrangements

On garde des listes ordonnées, mais on interdit maintenant les répétitions : c’est la situation d’un tirage successif sans remise, ou d’un classement.

Définition : k-uplet d’éléments distincts

Soit EE un ensemble à nn éléments et kk un entier avec 1kn1 \le k \le n. Un **kk-uplet d’éléments distincts** de EE (appelé aussi arrangement de kk éléments de EE) est un kk-uplet (x1;;xk)(x_1\,;\, \dots\,;\, x_k) dont les éléments sont deux à deux distincts.

Théorème : Nombre de k-uplets d’éléments distincts

Si Card(E)=n\text{Card}(E) = n et 1kn1 \le k \le n, le nombre de kk-uplets d’éléments distincts de EE est :

n×(n1)×(n2)××(nk+1)n \times (n-1) \times (n-2) \times \dots \times (n-k+1)

soit le produit de kk entiers consécutifs en descendant depuis nn.

Démonstration

On construit la liste en kk étapes. Pour x1x_1 : nn choix. Pour x2x_2 : l’élément x1x_1 est interdit, il reste n1n-1 choix. Pour x3x_3 : n2n-2 choix. À chaque étape, un choix de moins. Pour xkx_k, il reste n(k1)=nk+1n-(k-1) = n-k+1 choix. Le principe multiplicatif donne le produit annoncé.

Exemple : le podium

20 coureurs disputent une course. Un podium est un triplet ordonné (or, argent, bronze) de coureurs distincts : c’est un 3-uplet d’éléments distincts d’un ensemble à 20 éléments. Le nombre de podiums possibles est :

20×19×18=684020 \times 19 \times 18 = 6\,840

On vérifie la logique : 20 possibilités pour la première place, puis 19 pour la deuxième (le vainqueur n’est plus disponible), puis 18 pour la troisième.

La factorielle

Le produit n×(n1)××2×1n \times (n-1) \times \dots \times 2 \times 1 revient si souvent en dénombrement qu’il porte un nom et une notation : la factorielle.

Définition : Factorielle

Pour tout entier n1n \ge 1, la factorielle de nn, notée n!n! (lire « factorielle nn » ou « nn factorielle »), est le produit de tous les entiers de 11 à nn :

n!=n×(n1)×(n2)××2×1n! = n \times (n-1) \times (n-2) \times \dots \times 2 \times 1

Par convention, on pose de plus :

0!=10! = 1

Exemple : les premières valeurs, à connaître

1!=11! = 1, puis 2!=2×1=22! = 2 \times 1 = 2, puis 3!=3×2×1=63! = 3 \times 2 \times 1 = 6, et ainsi de suite. Retenir au moins les valeurs jusqu’à 6!6! :

0!=1,1!=1,2!=2,3!=6,4!=24,5!=120,6!=7200! = 1,\quad 1! = 1,\quad 2! = 2,\quad 3! = 6,\quad 4! = 24,\quad 5! = 120,\quad 6! = 720

Ensuite 7!=50407! = 5\,040, 8!=403208! = 40\,320, 10!=362880010! = 3\,628\,800. La factorielle croît extrêmement vite, bien plus vite que les puissances : c’est pour cela qu’énumérer à la main devient impossible et que le dénombrement est indispensable.

Remarque : pourquoi 0! = 1 ?

Ce n’est pas une bizarrerie mais un choix cohérent. D’abord, un produit de zéro facteur vaut 1 (l’élément neutre de la multiplication), comme une somme de zéro terme vaut 0. Ensuite, cette convention rend les formules du chapitre valables sans exception : par exemple, la formule des combinaisons donnera bien (n0)=n!0!n!=1\binom{n}{0} = \frac{n!}{0!\, n!} = 1, ce qui est correct puisque la seule partie à 0 élément est l’ensemble vide. Enfin, elle prolonge la relation n!=n×(n1)!n! = n \times (n-1)! au rang n=1n = 1 : 1!=1×0!1! = 1 \times 0!.

Propriété

Pour tout entier n1n \ge 1 :

n!=n×(n1)!n! = n \times (n-1)!

Cette relation permet de calculer les factorielles de proche en proche, et surtout de simplifier les quotients de factorielles sans tout développer.

Méthode : simplifier un quotient de factorielles

On développe la plus grande factorielle jusqu’à faire apparaître la plus petite, puis on simplifie. Exemple :

8!6!=8×7×6!6!=8×7=56\frac{8!}{6!} = \frac{8 \times 7 \times 6!}{6!} = 8 \times 7 = 56

Ne jamais calculer 8!=403208! = 40\,320 puis diviser par 720720 : c’est plus long et source d’erreurs. On simplifie d’abord, on calcule ensuite.

Propriété : Arrangements et factorielles

Pour 1kn1 \le k \le n, le nombre de kk-uplets d’éléments distincts d’un ensemble à nn éléments s’écrit avec des factorielles :

n×(n1)××(nk+1)=n!(nk)!n \times (n-1) \times \dots \times (n-k+1) = \frac{n!}{(n-k)!}

En effet, n!(nk)!\frac{n!}{(n-k)!} revient à écrire le produit n×(n1)××1n \times (n-1) \times \dots \times 1 puis à retirer la queue (nk)××1(n-k) \times \dots \times 1 : il reste exactement les kk premiers facteurs. Pour le podium : 20!17!=20×19×18=6840\frac{20!}{17!} = 20 \times 19 \times 18 = 6\,840.

Les permutations

Définition : Permutation

Une permutation d’un ensemble EE à nn éléments est un nn-uplet d’éléments distincts de EE : autrement dit, une façon d’ordonner tous les éléments de EE.

Théorème : Nombre de permutations

Le nombre de permutations d’un ensemble à nn éléments est :

n!n!

Démonstration

C’est le cas particulier k=nk = n du théorème sur les kk-uplets d’éléments distincts : le nombre de permutations vaut n!(nn)!=n!0!=n!\frac{n!}{(n-n)!} = \frac{n!}{0!} = n!, la convention 0!=10! = 1 rendant le résultat immédiat.

Exemple : anagrammes et classements

  • Anagrammes : le mot MATHS a 5 lettres toutes distinctes. Chaque anagramme (avec ou sans sens) est une permutation de ces 5 lettres : il y en a 5!=1205! = 120.
  • Rangement : 6 livres à ranger sur une étagère, en ligne : 6!=7206! = 720 rangements possibles.
  • Classement complet : 12 concurrents dans une course, sans ex æquo : 12!=47900160012! = 479\,001\,600 classements possibles.

Remarque : pour aller plus loin

Si des lettres se répètent, on divise par les factorielles des répétitions. Le mot ANANAS (3 A, 2 N, 1 S) possède 6!3!×2!=72012=60\frac{6!}{3! \times 2!} = \frac{720}{12} = 60 anagrammes. Cette formule n’est pas exigible en Terminale, mais l’idée (corriger un surcomptage en divisant) est exactement celle qui fonde les combinaisons ci-dessous.

Les combinaisons

Dernière situation, la plus fréquente au bac : on choisit kk éléments parmi nn sans tenir compte de l’ordre et sans répétition. C’est la situation d’un tirage simultané, d’une main de cartes, d’une équipe à constituer.

Définition : Combinaison

Soit EE un ensemble à nn éléments et kk un entier avec 0kn0 \le k \le n. Une combinaison de kk éléments de EE est une **partie de EE à kk éléments**. Le nombre de ces combinaisons se note (nk)\binom{n}{k}, et se lit « kk parmi nn ». Ce nombre s’appelle un coefficient binomial.

Remarque

Une combinaison est un ensemble, pas une liste : {2;5}\{2\,;\, 5\} et {5;2}\{5\,;\, 2\} sont la même combinaison. Dans d’anciens sujets ou sur certaines calculatrices, on rencontre la notation équivalente CnkC_n^k (ou la fonction nCr).

Théorème : Formule des combinaisons

Pour tous entiers nn et kk avec 0kn0 \le k \le n :

(nk)=n!k!(nk)!\binom{n}{k} = \frac{n!}{k!\,(n-k)!}

Démonstration

Comptons de deux façons les kk-uplets d’éléments distincts de EE, pour 1kn1 \le k \le n.

Première façon : on sait qu’il y en a n!(nk)!\frac{n!}{(n-k)!} (section précédente).

Deuxième façon : on construit un kk-uplet d’éléments distincts en choisissant d’abord l’ensemble des kk éléments utilisés ((nk)\binom{n}{k} choix), puis en ordonnant ces kk éléments (k!k! permutations). Par le principe multiplicatif, il y a (nk)×k!\binom{n}{k} \times k! tels kk-uplets.

En égalant les deux comptes : (nk)×k!=n!(nk)!\binom{n}{k} \times k! = \frac{n!}{(n-k)!}, d’où (nk)=n!k!(nk)!\binom{n}{k} = \frac{n!}{k!\,(n-k)!}. Le cas k=0k = 0 se vérifie directement : (n0)=1\binom{n}{0} = 1 et la formule donne n!0!n!=1\frac{n!}{0!\,n!} = 1.

Propriété : Valeurs particulières

Pour tout entier n0n \ge 0 (et n1n \ge 1 pour la dernière) :

(n0)=1,(nn)=1,(n1)=n\binom{n}{0} = 1, \qquad \binom{n}{n} = 1, \qquad \binom{n}{1} = n

Interprétation directe : une seule partie à 0 élément (l’ensemble vide), une seule partie à nn éléments (EE lui-même), et nn parties à 1 élément (les singletons).

Méthode : calculer un coefficient binomial à la main

Plutôt que la formule avec les trois factorielles, utiliser la forme raccourcie : kk facteurs décroissants depuis nn au numérateur, k!k! au dénominateur.

(nk)=n×(n1)××(nk+1)k!\binom{n}{k} = \frac{n \times (n-1) \times \dots \times (n-k+1)}{k!}

Exemple pas à pas : (103)=10×9×83!=7206=120\binom{10}{3} = \frac{10 \times 9 \times 8}{3!} = \frac{720}{6} = 120. Trois facteurs en haut (car k=3k = 3), et on divise par 3!=63! = 6.

Exemple : mains et délégations

Main de cartes : au poker fermé avec un jeu de 32 cartes, une main est un ensemble de 5 cartes (l’ordre de distribution ne compte pas). Le nombre de mains est :

(325)=32×31×30×29×285!=24165120120=201376\binom{32}{5} = \frac{32 \times 31 \times 30 \times 29 \times 28}{5!} = \frac{24\,165\,120}{120} = 201\,376

Délégation : choisir 3 délégués parmi 25 élèves, sans rôle particulier : (253)=25×24×236=2300\binom{25}{3} = \frac{25 \times 24 \times 23}{6} = 2\,300 délégations possibles.

Dans les deux cas, le mot clé qui impose la combinaison est l’absence d’ordre : « simultanément », « une main », « un groupe », « une équipe sans rôles ».

Les propriétés des coefficients binomiaux

Propriété : Symétrie

Pour tous entiers nn et kk avec 0kn0 \le k \le n :

(nk)=(nnk)\binom{n}{k} = \binom{n}{n-k}

Démonstration

Par interprétation : choisir les kk éléments que l’on prend revient exactement à choisir les nkn-k éléments que l’on laisse. À chaque partie à kk éléments correspond une unique partie complémentaire à nkn-k éléments, et réciproquement.

Par le calcul : (nnk)=n!(nk)!(n(nk))!=n!(nk)!k!=(nk)\binom{n}{n-k} = \frac{n!}{(n-k)!\,(n-(n-k))!} = \frac{n!}{(n-k)!\,k!} = \binom{n}{k}.

Exemple

Pour calculer (2018)\binom{20}{18}, ne pas se lancer dans 18 facteurs : la symétrie donne (2018)=(202)=20×192=190\binom{20}{18} = \binom{20}{2} = \frac{20 \times 19}{2} = 190.

Théorème : Relation de Pascal

Pour tous entiers nn et kk avec 1kn11 \le k \le n-1 :

(nk)=(n1k1)+(n1k)\binom{n}{k} = \binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k}

Démonstration (méthode combinatoire)exigible au bac

Soit EE un ensemble à nn éléments. Fixons un élément particulier aa de EE. Les parties de EE à kk éléments se partagent en deux catégories disjointes :

  • **celles qui contiennent aa** : il reste à choisir k1k-1 éléments parmi les n1n-1 éléments restants, soit (n1k1)\binom{n-1}{k-1} parties ;
  • **celles qui ne contiennent pas aa** : il faut choisir les kk éléments parmi les n1n-1 éléments restants, soit (n1k)\binom{n-1}{k} parties.

Toute partie à kk éléments est dans exactement une des deux catégories. Par le principe additif, (nk)=(n1k1)+(n1k)\binom{n}{k} = \binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k}.

Démonstration (par le calcul)exigible au bac

On réduit la somme au même dénominateur k!(nk)!k!\,(n-k)! :

(n1k1)+(n1k)=(n1)!(k1)!(nk)!+(n1)!k!(nk1)!=k(n1)!k!(nk)!+(nk)(n1)!k!(nk)!\binom{n-1}{k-1} + \binom{n-1}{k} = \frac{(n-1)!}{(k-1)!\,(n-k)!} + \frac{(n-1)!}{k!\,(n-k-1)!} = \frac{k\,(n-1)!}{k!\,(n-k)!} + \frac{(n-k)\,(n-1)!}{k!\,(n-k)!}
=(n1)!(k+(nk))k!(nk)!=n×(n1)!k!(nk)!=n!k!(nk)!=(nk)= \frac{(n-1)!\,\big(k + (n-k)\big)}{k!\,(n-k)!} = \frac{n \times (n-1)!}{k!\,(n-k)!} = \frac{n!}{k!\,(n-k)!} = \binom{n}{k}

La relation de Pascal permet de construire tous les coefficients binomiaux de proche en proche, sans aucune formule : c’est le triangle de Pascal. Chaque nombre est la somme du nombre juste au-dessus et de son voisin de gauche.

nnk=0k=0112233445566
01
111
2121
31331
414641
515101051
61615201561
11112113311464115101051
La relation de Pascal en image : 4 + 6 = 10, chaque nombre est la somme des deux au-dessus.

Méthode : lire le triangle

Le coefficient (nk)\binom{n}{k} se lit à la ligne nn, colonne kk. Par exemple (52)=10\binom{5}{2} = 10 : ligne 5, colonne 2. On y vérifie la relation de Pascal : 10=4+610 = 4 + 6, c’est-à-dire (52)=(41)+(42)\binom{5}{2} = \binom{4}{1} + \binom{4}{2}. On y lit aussi la symétrie : chaque ligne est un palindrome.

Théorème : Somme des coefficients binomiaux

Pour tout entier naturel nn :

k=0n(nk)=(n0)+(n1)++(nn)=2n\sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k} = \binom{n}{0} + \binom{n}{1} + \dots + \binom{n}{n} = 2^n

Démonstration (par dénombrement)exigible au bac

Comptons les parties d’un ensemble EE à nn éléments en les classant selon leur cardinal. Pour chaque kk entre 00 et nn, il y a exactement (nk)\binom{n}{k} parties à kk éléments, et ces catégories sont deux à deux disjointes (une partie a un seul cardinal).

Par le principe additif, le nombre total de parties de EE vaut k=0n(nk)\sum_{k=0}^{n} \binom{n}{k}. Or on a démontré que ce nombre total vaut 2n2^n. D’où l’égalité.

Exemple

Vérification sur la ligne 4 du triangle : 1+4+6+4+1=16=241 + 4 + 6 + 4 + 1 = 16 = 2^4. Application : un ensemble à 6 éléments possède 26=642^6 = 64 parties, dont 641=6364 - 1 = 63 parties non vides.

Choisir le bon modèle

Face à un problème de dénombrement, presque toutes les erreurs viennent d’un mauvais choix de modèle. Deux questions suffisent à trancher.

Méthode : les deux questions à se poser

  • L’ordre compte-t-il ? Tirage successif, code, podium, mot, classement : oui. Tirage simultané, main, groupe, équipe, comité : non.
  • Les répétitions sont-elles possibles ? Tirage avec remise, chiffres d’un code : oui. Tirage sans remise, personnes distinctes : non.
L’ordre compte ?Répétitions ?ModèleNombre
OuiOuikk-upletnkn^k
OuiNonkk-uplet d’éléments distinctsn!(nk)!\dfrac{n!}{(n-k)!}
NonNoncombinaison(nk)\dbinom{n}{k}
NonOuihors programme de Terminalenon exigible

Exemple : quatre tirages dans une urne

Une urne contient 8 boules numérotées de 1 à 8. On tire 3 boules. Le nombre de tirages dépend entièrement du protocole :

  • Successivement, avec remise : l’ordre compte, répétitions possibles : 83=5128^3 = 512 tirages.
  • Successivement, sans remise : l’ordre compte, pas de répétition : 8×7×6=3368 \times 7 \times 6 = 336 tirages.
  • Simultanément : pas d’ordre, pas de répétition : (83)=8×7×66=56\binom{8}{3} = \frac{8 \times 7 \times 6}{6} = 56 tirages.
  • Cohérence : 336=56×3!336 = 56 \times 3!, car chaque poignée de 3 boules peut être ordonnée de 3!=63! = 6 façons.

Erreurs classiques à éviter

  • Utiliser une combinaison alors que l’ordre compte, ou l’inverse. Exemple : compter (203)\binom{20}{3} podiums.

    Toujours commencer par les deux questions de la méthode. Un podium est ordonné : 20×19×1820 \times 19 \times 18. Une main de cartes ne l’est pas : (325)\binom{32}{5}.

  • Croire que 0!=00! = 0, ou que 0!0! n’existe pas.

    0!=10! = 1 par convention. C’est ce qui rend (n0)=1\binom{n}{0} = 1 et (nn)=1\binom{n}{n} = 1 cohérents avec la formule.

  • Confondre nkn^k et knk^n pour un code ou une grille.

    Écrire (nombre de choix par case) puissance (nombre de cases). Un code à 4 chiffres : chaque case a 10 choix, il y a 4 cases, donc 10410^4.

  • Utiliser (nk)\binom{n}{k} pour un tirage avec remise.

    Une combinaison interdit les répétitions. Avec remise, le bon modèle est le kk-uplet : nkn^k.

  • Écrire (nk)=n!k!\binom{n}{k} = \frac{n!}{k!} en oubliant le facteur (nk)!(n-k)!.

    La formule complète est (nk)=n!k!(nk)!\binom{n}{k} = \frac{n!}{k!\,(n-k)!}. Vérifier sur un petit cas : (42)=6\binom{4}{2} = 6, alors que 4!2!=12\frac{4!}{2!} = 12.

  • Compter à la main tous les cas d’un « au moins un ».

    Passer au complémentaire : (au moins un) == (total) - (aucun). C’est presque toujours le chemin le plus court, voir l’exercice 6.

  • Croire que (nk)\binom{n}{k} augmente toujours quand kk augmente.

    Les coefficients croissent jusqu’au milieu puis redescendent par symétrie : sur la ligne 6 du triangle, 1,6,15,20,15,6,11, 6, 15, 20, 15, 6, 1.

Et maintenant

Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.