Partie 1 · Algèbre et géométrie · Chapitre 1
Le dénombrement
Produit cartésien, listes, factorielle, combinaisons, permutations.
Dénombrer, c’est compter le nombre d’éléments d’un ensemble sans les énumérer un par un. Combien de codes à 4 chiffres ? De podiums possibles dans une course ? De mains de 5 cartes dans un jeu de 32 ? Ce chapitre construit les outils qui répondent à toutes ces questions, et qui serviront de socle à la loi binomiale en probabilités (chapitre 17).
Dans tout le chapitre, la lettre désigne un ensemble fini et un entier naturel.
Ensembles finis et cardinal
Définition : Cardinal
Un ensemble est dit fini s’il possède un nombre entier d’éléments. Ce nombre s’appelle le cardinal de et se note . On rencontre aussi les notations et .
Exemple
L’ensemble vérifie . L’ensemble des chiffres a pour cardinal . L’ensemble vide a pour cardinal .
Premier outil du chapitre : quand une situation se découpe en cas qui ne se recoupent pas, on additionne les comptes. C’est le principe additif.
Définition : Ensembles disjoints
Deux ensembles et sont disjoints lorsqu’ils n’ont aucun élément en commun, c’est-à-dire lorsque .
Théorème : Principe additif
Si et sont deux ensembles finis disjoints, alors :
Plus généralement, si sont des ensembles finis deux à deux disjoints, alors .
Exemple : compter par cas
Dans une classe, 24 élèves suivent l’option espagnol, 18 l’option italien, et aucun élève ne suit les deux. Le nombre d’élèves suivant une option est la taille de la réunion de deux ensembles disjoints :
Réflexe à retenir : dès qu’un dénombrement se traite en plusieurs cas incompatibles (« ou bien... ou bien... »), on compte chaque cas séparément puis on additionne.
Remarque
Si et ne sont pas disjoints, les éléments de sont comptés deux fois par la somme. La formule générale est .
Le produit cartésien et le principe multiplicatif
Définition : Produit cartésien
Soient et deux ensembles. Le produit cartésien de par , noté (lire « croix »), est l’ensemble des couples où appartient à et appartient à .
Remarque
Dans un couple, l’ordre compte : le couple est différent du couple . C’est ce qui distingue un couple d’un ensemble à deux éléments, pour lequel .
Exemple
Si et , alors contient exactement les 6 couples suivants :
On observe que . C’est un résultat général.
Théorème : Cardinal d’un produit cartésien
Si et sont deux ensembles finis, alors :
Plus généralement, pour ensembles finis , le produit cartésien est l’ensemble des **-uplets** avec pour chaque , et son cardinal vaut .
Méthode : Le principe multiplicatif
Quand une situation se construit en plusieurs étapes successives, et que le nombre de choix à chaque étape ne dépend pas des choix précédents, le nombre total de possibilités est le produit des nombres de choix de chaque étape.
- Étape 1 : choix possibles.
- Étape 2 : choix possibles, quel que soit le choix fait à l’étape 1.
- ... et ainsi de suite jusqu’à l’étape .
- Nombre total de possibilités : .
Exemple : composer un menu
Une cantine propose 3 entrées, 4 plats et 2 desserts. Un menu complet est un triplet (entrée, plat, dessert), c’est-à-dire un élément du produit cartésien Entrées Plats Desserts. Le nombre de menus possibles est donc :
Rédaction attendue : on identifie les étapes (choisir l’entrée, puis le plat, puis le dessert), on justifie que les choix sont indépendants, puis on applique le principe multiplicatif.
Les k-uplets : des listes avec répétition
Définition : k-uplet
Soit un ensemble et un entier naturel non nul. Un **-uplet** de (on dit aussi une **-liste**) est une liste ordonnée de éléments de , non nécessairement distincts. C’est un élément de .
Deux caractéristiques à retenir : l’ordre compte (le triplet n’est pas le triplet ) et les répétitions sont autorisées (le triplet est un triplet valide).
Théorème : Nombre de k-uplets
Si , le nombre de -uplets de est :
Démonstration
On construit un -uplet en étapes : on choisit ( possibilités), puis ( possibilités, car les répétitions sont autorisées), et ainsi de suite jusqu’à . Par le principe multiplicatif, il y a possibilités.
Exemple : codes et mots binaires
- Code de carte bancaire : un code est un 4-uplet de l’ensemble des chiffres , qui a 10 éléments. Il y a donc codes possibles.
- Octet : un octet est un 8-uplet de . Il y a octets.
- Grille de QCM : pour 10 questions à 4 propositions chacune, une grille de réponses est un 10-uplet d’un ensemble à 4 éléments : grilles possibles.
Remarque : ne pas inverser la puissance
Le bon réflexe : . Pour le code de carte bancaire, chaque case offre 10 choix et il y a 4 cases : , et surtout pas .
Le nombre de parties d’un ensemble
Définition : Partie d’un ensemble
Une partie de (on dit aussi un sous-ensemble) est un ensemble dont tous les éléments appartiennent à . On note l’ensemble de toutes les parties de . L’ensemble vide et lui-même sont toujours des parties de .
Exemple
Pour , les parties de sont au nombre de 8 :
On constate que . Là encore, c’est un résultat général.
Théorème : Nombre de parties
Si , alors le nombre de parties de est :
Démonstration
Numérotons les éléments de : . À toute partie de , on associe le -uplet de défini par : si , et sinon.
Cette association met les parties de en correspondance parfaite avec les -uplets de : deux parties différentes donnent deux -uplets différents, et tout -uplet correspond à exactement une partie (celle des pour lesquels ). Il y a donc autant de parties de que de -uplets de , c’est-à-dire .
Exemple
Avec : la partie correspond au triplet , la partie vide au triplet , et tout entier à .
Les k-uplets d’éléments distincts : les arrangements
On garde des listes ordonnées, mais on interdit maintenant les répétitions : c’est la situation d’un tirage successif sans remise, ou d’un classement.
Définition : k-uplet d’éléments distincts
Soit un ensemble à éléments et un entier avec . Un **-uplet d’éléments distincts** de (appelé aussi arrangement de éléments de ) est un -uplet dont les éléments sont deux à deux distincts.
Théorème : Nombre de k-uplets d’éléments distincts
Si et , le nombre de -uplets d’éléments distincts de est :
soit le produit de entiers consécutifs en descendant depuis .
Démonstration
On construit la liste en étapes. Pour : choix. Pour : l’élément est interdit, il reste choix. Pour : choix. À chaque étape, un choix de moins. Pour , il reste choix. Le principe multiplicatif donne le produit annoncé.
Exemple : le podium
20 coureurs disputent une course. Un podium est un triplet ordonné (or, argent, bronze) de coureurs distincts : c’est un 3-uplet d’éléments distincts d’un ensemble à 20 éléments. Le nombre de podiums possibles est :
On vérifie la logique : 20 possibilités pour la première place, puis 19 pour la deuxième (le vainqueur n’est plus disponible), puis 18 pour la troisième.
La factorielle
Le produit revient si souvent en dénombrement qu’il porte un nom et une notation : la factorielle.
Définition : Factorielle
Pour tout entier , la factorielle de , notée (lire « factorielle » ou « factorielle »), est le produit de tous les entiers de à :
Par convention, on pose de plus :
Exemple : les premières valeurs, à connaître
, puis , puis , et ainsi de suite. Retenir au moins les valeurs jusqu’à :
Ensuite , , . La factorielle croît extrêmement vite, bien plus vite que les puissances : c’est pour cela qu’énumérer à la main devient impossible et que le dénombrement est indispensable.
Remarque : pourquoi 0! = 1 ?
Ce n’est pas une bizarrerie mais un choix cohérent. D’abord, un produit de zéro facteur vaut 1 (l’élément neutre de la multiplication), comme une somme de zéro terme vaut 0. Ensuite, cette convention rend les formules du chapitre valables sans exception : par exemple, la formule des combinaisons donnera bien , ce qui est correct puisque la seule partie à 0 élément est l’ensemble vide. Enfin, elle prolonge la relation au rang : .
Propriété
Pour tout entier :
Cette relation permet de calculer les factorielles de proche en proche, et surtout de simplifier les quotients de factorielles sans tout développer.
Méthode : simplifier un quotient de factorielles
On développe la plus grande factorielle jusqu’à faire apparaître la plus petite, puis on simplifie. Exemple :
Ne jamais calculer puis diviser par : c’est plus long et source d’erreurs. On simplifie d’abord, on calcule ensuite.
Propriété : Arrangements et factorielles
Pour , le nombre de -uplets d’éléments distincts d’un ensemble à éléments s’écrit avec des factorielles :
En effet, revient à écrire le produit puis à retirer la queue : il reste exactement les premiers facteurs. Pour le podium : .
Les permutations
Définition : Permutation
Une permutation d’un ensemble à éléments est un -uplet d’éléments distincts de : autrement dit, une façon d’ordonner tous les éléments de .
Théorème : Nombre de permutations
Le nombre de permutations d’un ensemble à éléments est :
Démonstration
C’est le cas particulier du théorème sur les -uplets d’éléments distincts : le nombre de permutations vaut , la convention rendant le résultat immédiat.
Exemple : anagrammes et classements
- Anagrammes : le mot MATHS a 5 lettres toutes distinctes. Chaque anagramme (avec ou sans sens) est une permutation de ces 5 lettres : il y en a .
- Rangement : 6 livres à ranger sur une étagère, en ligne : rangements possibles.
- Classement complet : 12 concurrents dans une course, sans ex æquo : classements possibles.
Remarque : pour aller plus loin
Si des lettres se répètent, on divise par les factorielles des répétitions. Le mot ANANAS (3 A, 2 N, 1 S) possède anagrammes. Cette formule n’est pas exigible en Terminale, mais l’idée (corriger un surcomptage en divisant) est exactement celle qui fonde les combinaisons ci-dessous.
Les combinaisons
Dernière situation, la plus fréquente au bac : on choisit éléments parmi sans tenir compte de l’ordre et sans répétition. C’est la situation d’un tirage simultané, d’une main de cartes, d’une équipe à constituer.
Définition : Combinaison
Soit un ensemble à éléments et un entier avec . Une combinaison de éléments de est une **partie de à éléments**. Le nombre de ces combinaisons se note , et se lit « parmi ». Ce nombre s’appelle un coefficient binomial.
Remarque
Une combinaison est un ensemble, pas une liste : et sont la même combinaison. Dans d’anciens sujets ou sur certaines calculatrices, on rencontre la notation équivalente (ou la fonction nCr).
Théorème : Formule des combinaisons
Pour tous entiers et avec :
Démonstration
Comptons de deux façons les -uplets d’éléments distincts de , pour .
Première façon : on sait qu’il y en a (section précédente).
Deuxième façon : on construit un -uplet d’éléments distincts en choisissant d’abord l’ensemble des éléments utilisés ( choix), puis en ordonnant ces éléments ( permutations). Par le principe multiplicatif, il y a tels -uplets.
En égalant les deux comptes : , d’où . Le cas se vérifie directement : et la formule donne .
Propriété : Valeurs particulières
Pour tout entier (et pour la dernière) :
Interprétation directe : une seule partie à 0 élément (l’ensemble vide), une seule partie à éléments ( lui-même), et parties à 1 élément (les singletons).
Méthode : calculer un coefficient binomial à la main
Plutôt que la formule avec les trois factorielles, utiliser la forme raccourcie : facteurs décroissants depuis au numérateur, au dénominateur.
Exemple pas à pas : . Trois facteurs en haut (car ), et on divise par .
Exemple : mains et délégations
Main de cartes : au poker fermé avec un jeu de 32 cartes, une main est un ensemble de 5 cartes (l’ordre de distribution ne compte pas). Le nombre de mains est :
Délégation : choisir 3 délégués parmi 25 élèves, sans rôle particulier : délégations possibles.
Dans les deux cas, le mot clé qui impose la combinaison est l’absence d’ordre : « simultanément », « une main », « un groupe », « une équipe sans rôles ».
Les propriétés des coefficients binomiaux
Propriété : Symétrie
Pour tous entiers et avec :
Démonstration
Par interprétation : choisir les éléments que l’on prend revient exactement à choisir les éléments que l’on laisse. À chaque partie à éléments correspond une unique partie complémentaire à éléments, et réciproquement.
Par le calcul : .
Exemple
Pour calculer , ne pas se lancer dans 18 facteurs : la symétrie donne .
Théorème : Relation de Pascal
Pour tous entiers et avec :
Démonstration (méthode combinatoire)exigible au bac
Soit un ensemble à éléments. Fixons un élément particulier de . Les parties de à éléments se partagent en deux catégories disjointes :
- **celles qui contiennent ** : il reste à choisir éléments parmi les éléments restants, soit parties ;
- **celles qui ne contiennent pas ** : il faut choisir les éléments parmi les éléments restants, soit parties.
Toute partie à éléments est dans exactement une des deux catégories. Par le principe additif, .
Démonstration (par le calcul)exigible au bac
On réduit la somme au même dénominateur :
La relation de Pascal permet de construire tous les coefficients binomiaux de proche en proche, sans aucune formule : c’est le triangle de Pascal. Chaque nombre est la somme du nombre juste au-dessus et de son voisin de gauche.
| 0 | 1 | ||||||
| 1 | 1 | 1 | |||||
| 2 | 1 | 2 | 1 | ||||
| 3 | 1 | 3 | 3 | 1 | |||
| 4 | 1 | 4 | 6 | 4 | 1 | ||
| 5 | 1 | 5 | 10 | 10 | 5 | 1 | |
| 6 | 1 | 6 | 15 | 20 | 15 | 6 | 1 |
Méthode : lire le triangle
Le coefficient se lit à la ligne , colonne . Par exemple : ligne 5, colonne 2. On y vérifie la relation de Pascal : , c’est-à-dire . On y lit aussi la symétrie : chaque ligne est un palindrome.
Théorème : Somme des coefficients binomiaux
Pour tout entier naturel :
Démonstration (par dénombrement)exigible au bac
Comptons les parties d’un ensemble à éléments en les classant selon leur cardinal. Pour chaque entre et , il y a exactement parties à éléments, et ces catégories sont deux à deux disjointes (une partie a un seul cardinal).
Par le principe additif, le nombre total de parties de vaut . Or on a démontré que ce nombre total vaut . D’où l’égalité.
Exemple
Vérification sur la ligne 4 du triangle : . Application : un ensemble à 6 éléments possède parties, dont parties non vides.
Choisir le bon modèle
Face à un problème de dénombrement, presque toutes les erreurs viennent d’un mauvais choix de modèle. Deux questions suffisent à trancher.
Méthode : les deux questions à se poser
- L’ordre compte-t-il ? Tirage successif, code, podium, mot, classement : oui. Tirage simultané, main, groupe, équipe, comité : non.
- Les répétitions sont-elles possibles ? Tirage avec remise, chiffres d’un code : oui. Tirage sans remise, personnes distinctes : non.
| L’ordre compte ? | Répétitions ? | Modèle | Nombre |
|---|---|---|---|
| Oui | Oui | -uplet | |
| Oui | Non | -uplet d’éléments distincts | |
| Non | Non | combinaison | |
| Non | Oui | hors programme de Terminale | non exigible |
Exemple : quatre tirages dans une urne
Une urne contient 8 boules numérotées de 1 à 8. On tire 3 boules. Le nombre de tirages dépend entièrement du protocole :
- Successivement, avec remise : l’ordre compte, répétitions possibles : tirages.
- Successivement, sans remise : l’ordre compte, pas de répétition : tirages.
- Simultanément : pas d’ordre, pas de répétition : tirages.
- Cohérence : , car chaque poignée de 3 boules peut être ordonnée de façons.
Erreurs classiques à éviter
Utiliser une combinaison alors que l’ordre compte, ou l’inverse. Exemple : compter podiums.
Toujours commencer par les deux questions de la méthode. Un podium est ordonné : . Une main de cartes ne l’est pas : .
Croire que , ou que n’existe pas.
par convention. C’est ce qui rend et cohérents avec la formule.
Confondre et pour un code ou une grille.
Écrire (nombre de choix par case) puissance (nombre de cases). Un code à 4 chiffres : chaque case a 10 choix, il y a 4 cases, donc .
Utiliser pour un tirage avec remise.
Une combinaison interdit les répétitions. Avec remise, le bon modèle est le -uplet : .
Écrire en oubliant le facteur .
La formule complète est . Vérifier sur un petit cas : , alors que .
Compter à la main tous les cas d’un « au moins un ».
Passer au complémentaire : (au moins un) (total) (aucun). C’est presque toujours le chemin le plus court, voir l’exercice 6.
Croire que augmente toujours quand augmente.
Les coefficients croissent jusqu’au milieu puis redescendent par symétrie : sur la ligne 6 du triangle, .
Et maintenant
Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.