Partie 2 · Analyse · Chapitre 6
Les limites de suites
Théorème des gendarmes, opérations sur les limites.
Une suite associe à chaque entier un nombre . La question de ce chapitre est simple à poser : quand devient très grand, vers quoi se rapprochent les termes ? Trois comportements sont possibles. Les termes peuvent se stabiliser autour d’une valeur, on dit alors que la suite converge ; ils peuvent filer vers l’infini ; ou n’avoir aucun comportement régulier. Étudier la limite d’une suite, c’est décrire précisément ce qui se passe pour les grandes valeurs de .
Limite finie : la convergence
Définition : Limite finie
Soit un réel. La suite **converge vers , ou admet pour limite **, lorsque tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes de la suite à partir d’un certain rang. On note alors :
Autrement dit, aussi petite que soit la « fenêtre » que l’on ouvre autour de , les termes de la suite finissent par y entrer et ne plus en ressortir. Sur la figure, les points se resserrent autour de la droite d’ordonnée .
Définition : Suite convergente, suite divergente
Une suite qui admet une limite finie est dite convergente. Une suite qui n’est pas convergente est dite divergente. C’est le cas d’une suite qui tend vers l’infini, mais aussi d’une suite qui oscille sans se stabiliser.
Propriété : Unicité de la limite
Si une suite converge, alors sa limite est unique. On peut donc parler de « la » limite de la suite, et écrire sans ambiguïté.
Remarque
La convergence ne dépend que du comportement pour les grands : changer les premiers termes d’une suite ne change ni le fait qu’elle converge, ni la valeur de sa limite. C’est le sens de « à partir d’un certain rang ».
Limite infinie
Définition : Limite égale à plus l’infini
La suite **tend vers ** lorsque tout intervalle de la forme contient tous les termes de la suite à partir d’un certain rang. Autrement dit, aussi grand que soit le réel choisi, on a pour tout assez grand. On note :
Définition : Limite égale à moins l’infini
De même, **tend vers ** lorsque tout intervalle contient tous les termes à partir d’un certain rang : pour tout assez grand, quel que soit .
Remarque : tendre vers l’infini n’est pas la seule façon de diverger
Une suite qui tend vers ou est divergente, mais l’inverse est faux. La suite définie par prend alternativement les valeurs et : elle ne se rapproche d’aucune valeur, et ne tend pas non plus vers l’infini. Elle est divergente sans avoir de limite infinie.
Les suites de référence
Quelques limites reviennent constamment et doivent être connues par cœur. Elles servent de briques de base à tous les calculs de limites.
Propriété : Limites usuelles
Les puissances et la racine carrée tendent vers :
Leurs inverses tendent vers :
Démonstration
Montrons que . Soit un intervalle ouvert autour de , avec . On cherche à partir de quel rang y entre. Pour , on a , et :
Il suffit donc de prendre strictement supérieur à : pour tous ces rangs, , donc appartient à l’intervalle. Tout intervalle ouvert autour de contient les termes à partir d’un certain rang : la suite converge vers .
Limite d’une suite géométrique
Une suite géométrique de raison a pour terme général une puissance (à un facteur près). Son comportement dépend entièrement de la valeur de .
Théorème : Limite de la suite de terme général $q^n$
Selon la valeur du réel :
- Si , alors .
- Si , alors pour tout , donc .
- Si , alors .
- Si , la suite n’a pas de limite : elle diverge en oscillant.
Propriété : Inégalité de Bernoulli
Pour tout réel et tout entier :
Démonstration
Démontrons l’inégalité de Bernoulli par récurrence sur , à fixé.
Initialisation. Pour : et . L’inégalité est vraie.
Hérédité. Supposons pour un certain rang . Comme , on peut multiplier les deux membres par sans changer le sens :
Or , donc . On en déduit : la propriété est héréditaire. Elle est donc vraie pour tout entier .
Démonstrationexigible au bac
Démontrons que si , alors . Puisque , on peut écrire avec . L’inégalité de Bernoulli donne, pour tout :
Comme , la suite de terme général tend vers . Or : par comparaison (voir plus bas), tend aussi vers .
Exemple
La suite a une raison , donc . La suite a une raison , avec , donc . La suite a une raison : elle diverge en oscillant, sans limite.
Opérations sur les limites
Pour calculer la limite d’une somme, d’un produit ou d’un quotient, on combine les limites des morceaux. Dans la plupart des cas le résultat est immédiat, mais quatre configurations échappent aux règles : ce sont les formes indéterminées.
Propriété : Limite d’une somme
Si et (finis), alors . Avec des limites infinies :
| forme indéterminée |
Propriété : Limite d’un produit
Si et (finis), alors . Avec des infinis, on applique la règle des signes ; le seul cas problématique est le produit d’un zéro par un infini :
| forme indéterminée |
Propriété : Limite d’un quotient
Pour un quotient , on retient surtout deux repères : « diviser par un infini donne », et « diviser par un nombre qui tend vers en gardant un signe fixe donne l’infini ». Les cas indéterminés sont et :
| (règle des signes) | ||
| (règle des signes) | ||
| forme indéterminée | ||
| forme indéterminée |
Méthode : lever une forme indéterminée
Devant une forme indéterminée, on ne conclut jamais directement. Pour un polynôme ou un quotient de polynômes, la technique de base est de factoriser par le terme de plus haut degré, puis de simplifier.
Exemple : forme « ∞ − ∞ »
Cherchons . Les deux termes tendent vers : c’est une forme indéterminée . On factorise par :
Quand : et . Le produit tend vers , donc .
Exemple : forme « ∞ / ∞ »
Cherchons . Numérateur et dénominateur tendent vers : forme indéterminée. On factorise haut et bas par :
Les termes et tendent vers . La limite vaut donc .
Théorème de comparaison
Théorème : Comparaison
Soient et deux suites telles que à partir d’un certain rang.
- Si , alors .
- Si , alors .
Autrement dit, une suite plus grande qu’une suite qui explose vers explose aussi ; une suite plus petite qu’une suite qui s’effondre vers s’effondre aussi.
Exemple
Cherchons . Pour tout , on a , donc :
Or . Par comparaison, .
Le théorème des gendarmes
Théorème : Théorème des gendarmes (encadrement)
Soient , et trois suites telles que à partir d’un certain rang. Si et convergent vers la même limite finie , alors converge aussi, et :
L’image est parlante : deux « gendarmes » et encadrent le « prisonnier » . S’ils se dirigent tous les deux vers le même point , le prisonnier, coincé entre eux, ne peut aller nulle part ailleurs.
Méthode : utiliser l’encadrement
On l’emploie surtout quand une expression contient un terme borné, comme ou , dont on ne connaît pas la limite. On encadre ce terme entre deux constantes, puis on divise ou multiplie l’encadrement par le reste.
Exemple
Cherchons . Le numérateur n’a pas de limite, mais il est borné : pour tout , . En divisant par :
Les deux gendarmes et tendent vers . Par le théorème des gendarmes, .
Suites monotones et convergence
Théorème : Convergence des suites monotones
- Toute suite croissante et majorée converge.
- Toute suite décroissante et minorée converge.
Remarque : ce que le théorème dit, et ce qu’il ne dit pas
Ce théorème garantit l’existence d’une limite, mais ne la donne pas. Si une suite croissante est majorée par , elle converge vers une limite , et l’on sait seulement que . La valeur de n’est pas forcément , et se détermine par d’autres moyens.
Propriété : Suite croissante non majorée
Toute suite croissante et non majorée tend vers . De même, toute suite décroissante et non minorée tend vers .
Démonstrationexigible au bac
Soit une suite croissante et non majorée. Montrons qu’elle tend vers . Fixons un réel quelconque. Comme la suite n’est pas majorée, n’est pas un majorant : il existe donc un rang tel que :
Or la suite est croissante : pour tout , on a . L’intervalle contient donc tous les termes à partir du rang . Comme ce raisonnement vaut pour tout réel , la suite tend vers .
Exemple
La suite définie par et est croissante (on ajoute à chaque étape un terme positif). On peut montrer qu’elle n’est pas majorée : elle tend donc vers .
Erreurs classiques à éviter
Confondre « diverger » et « tendre vers l’infini ».
Tendre vers est un cas de divergence, mais pas le seul. La suite diverge sans tendre vers l’infini : elle oscille entre et .
Croire qu’une suite majorée converge.
Il faut aussi qu’elle soit croissante. La suite est bornée (donc majorée) mais ne converge pas. C’est la monotonie jointe à la borne qui assure la convergence.
Conclure directement sur une forme indéterminée.
, , et ne se calculent pas telles quelles. Il faut d’abord transformer l’expression, en général en factorisant par le terme dominant.
Se tromper de cas pour quand .
Pour une raison entre et (par exemple ou ), la puissance tend vers , pas vers l’infini. L’infini n’apparaît que pour .
Appliquer les gendarmes avec un seul encadrant.
Pour une limite finie, il faut encadrer des deux côtés par deux suites de même limite. Une seule inégalité relève du théorème de comparaison, et ne sert que pour une limite infinie.
Écrire que la limite est strictement inférieure au majorant.
Si pour tout , on obtient seulement à la limite, avec une inégalité large. Le passage à la limite peut transformer une inégalité stricte en égalité.
Et maintenant
Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.