Partie 2 · Analyse · Chapitre 12
La fonction logarithme
Propriétés algébriques, limites, dérivée.
La fonction exponentielle transforme une somme en produit : . Le logarithme fait le chemin inverse, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt : il transforme un produit en somme. Historiquement, cette propriété a servi à remplacer des multiplications pénibles par des additions. Aujourd’hui, elle sert surtout à résoudre les équations où l’inconnue se trouve en exposant, et à décrire les phénomènes dont l’échelle est multiplicative.
Définition
La fonction exponentielle est continue et strictement croissante sur , à valeurs dans . D’après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires (chapitre 11), pour tout réel strictement positif, l’équation admet une unique solution . C’est ce nombre que l’on appelle logarithme.
Définition : Logarithme népérien
Pour tout réel , le logarithme népérien de , noté , est l’unique réel dont l’exponentielle vaut :
La fonction logarithme népérien est définie sur . Elle est la fonction réciproque de la fonction exponentielle.
Remarque : attention à l’ensemble de définition
Le logarithme d’un nombre négatif ou nul n’existe pas. Les écritures et n’ont aucun sens, car l’exponentielle est toujours strictement positive. Avant toute résolution, il faut donc déterminer l’ensemble de définition.
Propriété : Relations fondamentales
- et ;
- pour tout ;
- pour tout réel ;
- si et seulement si , et si et seulement si .
Les propriétés algébriques
Théorème : Logarithme d’un produit
Pour tous réels et :
Démonstrationexigible au bac
Soient et . Calculons l’exponentielle du nombre , en utilisant la propriété :
Le nombre est donc un réel dont l’exponentielle vaut . Or, par définition, est l’unique réel ayant cette propriété. Les deux nombres sont donc égaux :
Propriété : Les autres règles de calcul
Pour tous réels , et tout entier relatif :
- ;
- ;
- ;
- .
Démonstration
Démontrons la première règle. En appliquant le théorème du produit à et , dont le produit vaut :
On en déduit . La règle du quotient s’obtient alors en écrivant , et celle de la puissance en répétant le théorème du produit.
Exemple : simplifier une expression
Exprimons en fonction de . Comme , on a , donc . On pouvait aussi écrire directement .
De même, , et .
Dérivée, variations et limites
Théorème : Dérivée du logarithme
La fonction logarithme népérien est dérivable sur , et :
Démonstrationexigible au bac
Admettons que la fonction logarithme est dérivable sur . Pour tout , on part de la relation et on dérive les deux membres.
À gauche, il s’agit d’une composée de la forme , dont la dérivée est (chapitre 8), avec . À droite, la dérivée de vaut . On obtient :
Or , d’où . Comme , on peut diviser :
Propriété : Variations et convexité
Sur , la dérivée est strictement positive : la fonction logarithme est strictement croissante.
Sa dérivée seconde vaut , strictement négative : la fonction logarithme est concave sur tout son ensemble de définition.
Propriété : Limites aux bornes
La première limite signifie que l’axe des ordonnées, d’équation , est asymptote verticale à la courbe. La seconde montre que le logarithme n’est pas majoré, même s’il croît très lentement.
Remarque : une croissance très lente
Le logarithme tend vers l’infini, mais avec une lenteur remarquable. Il faut supérieur à pour que dépasse seulement . C’est cette lenteur que traduisent les croissances comparées, vues plus bas.
La courbe et sa symétrie avec l’exponentielle
Propriété : Deux courbes symétriques
Les fonctions logarithme et exponentielle étant réciproques l’une de l’autre, leurs courbes sont **symétriques par rapport à la droite d’équation **.
Propriété : Position par rapport à la tangente en 1
La tangente à la courbe du logarithme au point d’abscisse a pour équation . La fonction étant concave, sa courbe est située en dessous de toutes ses tangentes, d’où l’inégalité, valable pour tout :
Équations et inéquations
Propriété : Le logarithme conserve l’ordre
La fonction étant strictement croissante, pour tous réels et :
Le sens des inégalités est donc conservé, à la différence de ce qui se produirait avec une fonction décroissante.
Méthode : résoudre une équation avec des logarithmes
- Déterminer d’abord l’ensemble de définition : chaque expression placée sous un logarithme doit être strictement positive.
- Regrouper les logarithmes en un seul, grâce aux propriétés algébriques.
- Utiliser l’équivalence , puis résoudre.
- Vérifier que les solutions trouvées appartiennent bien à l’ensemble de définition, et écarter les autres.
Exemple : une équation
Résolvons . L’ensemble de définition impose et , donc .
On regroupe le membre de gauche : , d’où , soit :
Les solutions de cette équation sont et . Mais n’appartient pas à l’ensemble de définition et doit être écarté. L’ensemble des solutions est .
Exemple : une inéquation, et une équation avec l’inconnue en exposant
Résolvons . L’ensemble de définition impose . Comme , l’inéquation devient , soit , donc . L’ensemble des solutions est .
Le logarithme sert aussi à faire descendre une inconnue placée en exposant. Pour résoudre , on applique le logarithme aux deux membres, ce qui est licite car il est strictement croissant : , donc . Le plus petit entier convenable est .
Croissances comparées
Théorème : Croissances comparées
Le logarithme croît moins vite que toute puissance de . Plus précisément :
Plus généralement, pour tout entier .
Remarque : comment les retenir
Dans une forme indéterminée mêlant un logarithme et une puissance, c’est toujours la puissance qui l’emporte. Le quotient tend donc vers , et le produit aussi, malgré la forme indéterminée .
Exemple
Cherchons . C’est une forme indéterminée . On factorise par :
Par croissances comparées, , donc la parenthèse tend vers . Comme , le produit tend vers .
Dérivée de ln(u) et logarithme décimal
Propriété : Dérivée d’une composée
Si est une fonction dérivable et strictement positive sur un intervalle , alors est dérivable sur et :
Exemple
Pour , on a et , donc .
Pour sur , on dérive un produit : .
Définition : Logarithme décimal
Le logarithme décimal, noté , est défini pour par :
Il vérifie , , et plus généralement . C’est lui qu’utilisent la physique et la chimie, notamment pour le pH ou l’échelle des décibels.
Erreurs classiques à éviter
Écrire .
C’est le produit qui devient une somme : . Le logarithme d’une somme ne se simplifie pas.
Oublier l’ensemble de définition avant de résoudre.
Chaque expression sous un logarithme doit être strictement positive. Sans cette étape, on garde des solutions qui n’existent pas, comme dans l’équation .
Croire que est toujours positif.
Le logarithme est négatif sur , nul en , positif au delà. Par exemple .
Changer le sens d’une inégalité en appliquant le logarithme.
La fonction est strictement croissante : le sens de l’inégalité est conservé. équivaut à .
Écrire .
Il manque la dérivée intérieure : . Pour , la dérivée est , pas .
Confondre et .
Ce sont deux fonctions différentes : , alors que est le carré du logarithme, qui ne se simplifie pas.
Hésiter devant une forme indéterminée avec un logarithme.
Face à une puissance, c’est toujours la puissance qui l’emporte : en et en .
Et maintenant
Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.