Partie 2 · Analyse · Chapitre 11
La continuité
Théorème des valeurs intermédiaires.
Tracer la courbe d’une fonction « sans lever le crayon » : cette image d’école décrit exactement la continuité. Derrière elle se cache l’un des théorèmes les plus utiles de terminale, le théorème des valeurs intermédiaires, qui permet d’affirmer qu’une équation possède une solution sans savoir la calculer. C’est un changement de point de vue important : on démontre l’existence d’un nombre avant de chercher sa valeur, puis on l’approche par un algorithme.
La notion de continuité
Définition : Continuité en un point
Soit une fonction définie sur un intervalle et un réel de . La fonction est **continue en ** lorsqu’elle admet une limite en et que cette limite vaut :
La fonction est **continue sur ** lorsqu’elle est continue en chaque point de .
Concrètement, la courbe d’une fonction continue sur un intervalle se trace d’un seul trait, sans saut ni trou. À l’inverse, une fonction discontinue présente une rupture : la valeur en ne coïncide pas avec celle vers laquelle on se dirige.
Exemple : une fonction discontinue
La fonction partie entière, qui à un réel associe le plus grand entier qui lui est inférieur ou égal, est discontinue en chaque entier. En , par exemple, elle vaut , mais les valeurs juste à gauche valent : la limite à gauche est , différente de .
Quelles fonctions sont continues
Théorème : Continuité des fonctions usuelles
Sont continues sur tout intervalle contenu dans leur ensemble de définition :
- les fonctions polynômes, sur tout entier ;
- les fonctions rationnelles, sur chaque intervalle où le dénominateur ne s’annule pas ;
- la fonction racine carrée, sur ;
- la fonction exponentielle, sur ;
- les fonctions cosinus et sinus, sur .
De plus, les sommes, produits, quotients (là où le dénominateur ne s’annule pas) et composées de fonctions continues sont continues.
Remarque : en pratique
Presque toutes les fonctions rencontrées au lycée sont continues sur leur ensemble de définition. Justifier la continuité se fait donc en une phrase : « est une fonction polynôme, donc continue sur », ou « est un quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s’annule pas sur , donc est continue sur ».
Théorème : Dérivabilité et continuité
Si une fonction est dérivable sur un intervalle , alors elle est continue sur .
Remarque : la réciproque est fausse
Une fonction continue n’est pas nécessairement dérivable. La fonction valeur absolue est continue sur , mais elle n’est pas dérivable en : sa courbe y présente un point anguleux, sans tangente unique.
Le théorème des valeurs intermédiaires
Théorème : Théorème des valeurs intermédiaires
Soit une fonction continue sur un intervalle . Pour tout réel compris entre et , il existe au moins un réel de tel que :
Autrement dit, une fonction continue ne peut pas passer d’une valeur à une autre sans prendre toutes les valeurs intermédiaires. Elle ne peut pas « sauter » par dessus .
Remarque : la continuité est indispensable
Sans continuité, le théorème tombe. La fonction partie entière passe de la valeur à la valeur sans jamais prendre la valeur : elle saute. C’est bien l’absence de saut qui fait fonctionner le théorème.
Le cas d’une fonction strictement monotone
Théorème : Corollaire : unicité de la solution
Soit une fonction continue et strictement monotone sur . Pour tout réel compris entre et , l’équation admet une unique solution dans .
Le théorème s’étend aux intervalles ouverts ou non bornés, en remplaçant et par les limites de aux bornes.
Méthode : rédiger l’application du corollaire
Trois points doivent apparaître dans la copie, sous peine de perdre des points : la continuité, la stricte monotonie, et le fait que est bien compris entre les valeurs ou limites aux bornes.
- Justifier la continuité, en général en une phrase.
- Justifier la stricte monotonie, par le signe de la dérivée.
- Calculer les valeurs ou les limites aux bornes de l’intervalle, et vérifier que est entre les deux.
- Conclure : l’équation admet une unique solution, souvent notée .
Exemple : une équation qui ne se résout pas à la main
Montrons que l’équation admet une unique solution dans . On pose .
La fonction est un polynôme, donc continue sur . Sa dérivée est strictement positive, donc est strictement croissante.
Enfin et , et est bien compris entre et . D’après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, l’équation admet une unique solution dans .
Approcher la solution : balayage et dichotomie
Le théorème donne l’existence de , mais pas sa valeur. Pour l’approcher, on encadre la solution de plus en plus finement, en exploitant le fait que change de signe de part et d’autre de .
Méthode : le balayage
On calcule pour des valeurs régulièrement espacées, par exemple de en , jusqu’à repérer deux valeurs consécutives où change de signe. La solution est comprise entre ces deux là.
Exemple
Avec : et . La fonction change de signe entre et , donc .
En affinant au centième : et . Donc .
Méthode : la dichotomie
Plus efficace, la dichotomie coupe l’intervalle en deux à chaque étape. Partant d’un intervalle sur lequel change de signe, on répète :
- calculer le milieu ;
- si et sont de signes contraires, la solution est dans : on remplace par ;
- sinon, elle est dans : on remplace par ;
- recommencer jusqu’à ce que la largeur soit inférieure à la précision voulue.
Propriété : Vitesse de la dichotomie
Après étapes, la largeur de l’intervalle initial a été divisée par :
Pour atteindre une précision , il suffit donc de choisir tel que . Partant d’un intervalle de largeur , sept étapes suffisent pour descendre sous , car .
Continuité et suites définies par récurrence
Propriété : Limite d’une suite récurrente
Soit une suite définie par , où est continue sur un intervalle contenant tous les termes. Si converge vers un réel , alors :
La limite est donc un point fixe de , solution de l’équation .
Démonstration
Supposons que converge vers . La suite est la même suite décalée d’un rang : elle converge donc aussi vers .
Par ailleurs . Comme et que est continue en , la suite converge vers . Les deux suites et étant égales, elles ont la même limite, et l’unicité de la limite donne .
Exemple
Considérons de nouveau la suite du chapitre 6 définie par . La fonction est affine, donc continue. Si la suite converge vers , alors , d’où . C’est bien la limite trouvée alors.
Remarque : attention à l’ordre du raisonnement
Cette propriété ne démontre pas que la suite converge : elle donne la valeur de la limite si la convergence est acquise. Il faut donc d’abord établir la convergence, par exemple avec le théorème des suites monotones, avant de résoudre .
Erreurs classiques à éviter
Oublier de justifier la continuité avant d’appliquer le théorème.
La continuité est l’hypothèse centrale : sans elle, le théorème est faux. Une phrase suffit, mais elle doit figurer dans la copie.
Conclure à l’unicité sans stricte monotonie.
Le théorème seul donne l’existence d’au moins une solution. L’unicité exige en plus que la fonction soit strictement monotone sur l’intervalle.
Ne pas vérifier que est compris entre les valeurs aux bornes.
C’est une hypothèse à part entière. Si n’est pas entre et , on ne peut rien conclure sur .
Croire que continue implique dérivable.
C’est l’inverse qui est vrai : dérivable implique continue. La valeur absolue est continue partout mais non dérivable en .
Utiliser pour prouver qu’une suite converge.
Cette égalité suppose la convergence déjà démontrée. Elle sert à calculer la limite, jamais à établir son existence.
Donner une valeur approchée sans encadrement.
Une valeur approchée doit s’appuyer sur un encadrement obtenu par balayage ou dichotomie, avec un changement de signe explicite.
Et maintenant
Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.