Le Cahier de Maths

Partie 2 · Analyse · Chapitre 14

Les équations différentielles

Équations y' = ay et y' = ay + b, solutions.

Jusqu’à présent, une équation portait sur un nombre inconnu. Une équation différentielle porte sur une fonction inconnue, et relie cette fonction à sa dérivée. C’est l’outil de base de la physique : on sait rarement décrire directement l’état d’un système, mais on sait presque toujours décrire comment il varie. Un corps chaud se refroidit d’autant plus vite qu’il est loin de la température ambiante ; une population croît proportionnellement à son effectif. Dans les deux cas, l’énoncé porte sur la dérivée.

Qu’est ce qu’une équation différentielle

Définition : Équation différentielle et solution

Une équation différentielle est une équation dont l’inconnue est une fonction, et qui fait intervenir cette fonction ainsi que sa ou ses dérivées.

Une solution sur un intervalle II est une fonction ff, dérivable sur II, qui vérifie l’égalité pour tout xx de II. Résoudre l’équation, c’est en déterminer toutes les solutions.

Remarque : la notation $y$

Par tradition, la fonction inconnue se note yy et sa dérivée yy'. L’équation y=3yy' = 3y signifie donc : « trouver toutes les fonctions dérivables ff telles que f(x)=3f(x)f'(x) = 3f(x) pour tout xx ».

Exemple : vérifier qu’une fonction est solution

La fonction ff définie par f(x)=5e3xf(x) = 5e^{3x} est elle solution de y=3yy' = 3y ? On calcule sa dérivée : f(x)=5×3e3x=15e3xf'(x) = 5 \times 3e^{3x} = 15e^{3x}. Par ailleurs 3f(x)=3×5e3x=15e3x3f(x) = 3 \times 5e^{3x} = 15e^{3x}.

Les deux expressions coïncident pour tout réel xx : la fonction ff est bien solution.

L’équation y’ = ay

Théorème : Solutions de $y' = ay$

Soit aa un réel. Les solutions sur R\mathbb{R} de l’équation différentielle y=ayy' = ay sont exactement les fonctions de la forme :

f(x)=Ceax,CRf(x) = C\,e^{ax}, \qquad C \in \mathbb{R}

Il y a donc une infinité de solutions, une pour chaque valeur de la constante CC.

Démonstrationexigible au bac

Vérifions d’abord que ces fonctions conviennent. Si f(x)=Ceaxf(x) = Ce^{ax}, alors f(x)=Caeax=a×Ceax=af(x)f'(x) = Cae^{ax} = a \times Ce^{ax} = af(x) : c’est bien une solution.

Montrons maintenant qu’il n’y en a pas d’autres. Soit ff une solution quelconque de y=ayy' = ay. On introduit la fonction auxiliaire gg définie par :

g(x)=f(x)eaxg(x) = f(x)\,e^{-ax}

Cette fonction est dérivable comme produit de fonctions dérivables. On la dérive, en utilisant (eax)=aeax\left(e^{-ax}\right)' = -ae^{-ax} :

g(x)=f(x)eaxaf(x)eax=eax(f(x)af(x))g'(x) = f'(x)e^{-ax} - a f(x)e^{-ax} = e^{-ax}\big(f'(x) - af(x)\big)

Or ff est solution, donc f(x)=af(x)f'(x) = af(x) et la parenthèse est nulle. On en déduit g(x)=0g'(x) = 0 pour tout réel xx : la fonction gg est constante sur R\mathbb{R}. Notons CC cette constante.

De f(x)eax=Cf(x)e^{-ax} = C on tire, en multipliant par eaxe^{ax} qui ne s’annule jamais :

f(x)=Ceaxf(x) = C\,e^{ax}

Toute solution est donc de cette forme, ce qui achève la démonstration.

C > 0C < 0
Les solutions de y’ = ay forment une famille de courbes, une par valeur de la constante C.

Remarque : lire le signe de a

Le signe de aa décide du comportement. Si a>0a > 0, la solution est une croissance exponentielle (pour C>0C > 0). Si a<0a < 0, c’est une décroissance vers 00, ce qui modélise une désintégration, une décharge ou un refroidissement.

La condition initiale

Théorème : Unicité de la solution vérifiant une condition initiale

Soient aa, x0x_0 et y0y_0 des réels. L’équation y=ayy' = ay admet une unique solution ff vérifiant la condition initiale f(x0)=y0f(x_0) = y_0.

Méthode : déterminer la solution d’un problème

  • Écrire la forme générale des solutions, avec la constante CC.
  • Remplacer xx par x0x_0 et écrire que le résultat vaut y0y_0.
  • Résoudre cette équation d’inconnue CC, puis écrire la solution complète.

Exemple

Cherchons la solution de y=2yy' = -2y vérifiant f(0)=7f(0) = 7. Les solutions sont les f(x)=Ce2xf(x) = Ce^{-2x}. La condition initiale donne f(0)=Ce0=C=7f(0) = Ce^{0} = C = 7.

L’unique solution cherchée est donc f(x)=7e2xf(x) = 7e^{-2x}.

L’équation y’ = ay + b

Théorème : Solutions de $y' = ay + b$

Soient aa un réel non nul et bb un réel. Les solutions sur R\mathbb{R} de y=ay+by' = ay + b sont les fonctions :

f(x)=Ceaxba,CRf(x) = C\,e^{ax} - \frac{b}{a}, \qquad C \in \mathbb{R}

La fonction constante égale à ba-\dfrac{b}{a} est elle-même une solution, dite solution particulière constante.

Démonstration

L’idée est de se ramener au cas précédent. Posons z(x)=f(x)+baz(x) = f(x) + \dfrac{b}{a}, où ff est une solution de y=ay+by' = ay + b. Comme ba\dfrac{b}{a} est une constante, z=fz' = f', donc :

z(x)=af(x)+b=a(z(x)ba)+b=az(x)b+b=az(x)z'(x) = a f(x) + b = a\left(z(x) - \tfrac{b}{a}\right) + b = a\,z(x) - b + b = a\,z(x)

La fonction zz est donc solution de z=azz' = az, d’où z(x)=Ceaxz(x) = Ce^{ax} d’après le théorème précédent. En revenant à ff :

f(x)=z(x)ba=Ceaxbaf(x) = z(x) - \frac{b}{a} = C\,e^{ax} - \frac{b}{a}

Remarque : retrouver la solution constante

Plutôt que de mémoriser ba-\dfrac{b}{a}, on peut la retrouver : une solution constante a une dérivée nulle, donc elle vérifie 0=ay+b0 = ay + b, soit y=bay = -\dfrac{b}{a}. Cette valeur est aussi la limite des solutions quand a<0a < 0.

−b/a
Quand a est négatif, toutes les solutions de y’ = ay + b convergent vers la valeur constante −b/a.

Exemple

Résolvons y=2y+6y' = -2y + 6 avec la condition f(0)=5f(0) = 5. Ici a=2a = -2 et b=6b = 6, donc la solution constante vaut 62=3-\dfrac{6}{-2} = 3 et les solutions sont f(x)=Ce2x+3f(x) = Ce^{-2x} + 3.

La condition initiale donne f(0)=C+3=5f(0) = C + 3 = 5, donc C=2C = 2. L’unique solution est :

f(x)=2e2x+3f(x) = 2e^{-2x} + 3

Comme a=2<0a = -2 < 0, on a e2x0e^{-2x} \to 0 en ++\infty, donc f(x)3f(x) \to 3 : la droite d’équation y=3y = 3 est asymptote horizontale.

Modéliser avec une équation différentielle

L’intérêt du chapitre est de traduire un énoncé en équation. Trois situations reviennent constamment.

SituationÉnoncéÉquation
Croissance ou décroissanceLa vitesse de variation est proportionnelle à la quantité présentey=ayy' = ay
RefroidissementLa vitesse de refroidissement est proportionnelle à l’écart avec la température ambiante θa\theta_aθ=k(θθa)\theta' = -k(\theta - \theta_a)
Charge d’un condensateurLa tension tend vers la tension du générateur EEu=1RC(uE)u' = -\dfrac{1}{RC}(u - E)

Méthode : traiter un problème de modélisation

  • Traduire l’énoncé en équation, en développant pour obtenir la forme y=ay+by' = ay + b.
  • Identifier aa et bb, puis écrire les solutions.
  • Utiliser la condition initiale, souvent la valeur à l’instant t=0t = 0.
  • Répondre à la question posée : valeur à un instant, limite, ou instant où un seuil est atteint, ce dernier cas se traitant avec le logarithme.

Exemple : un café qui refroidit

Un café à 9090 degrés est posé dans une pièce à 2020 degrés. Sa température θ(t)\theta(t), en degrés, à l’instant tt en minutes, vérifie θ(t)=0,1(θ(t)20)\theta'(t) = -0{,}1\big(\theta(t) - 20\big).

On développe pour reconnaître la forme du cours : θ=0,1θ+2\theta' = -0{,}1\,\theta + 2, donc a=0,1a = -0{,}1 et b=2b = 2. La solution constante vaut 20,1=20-\dfrac{2}{-0{,}1} = 20, ce qui est bien la température de la pièce. Les solutions sont :

θ(t)=Ce0,1t+20\theta(t) = C\,e^{-0{,}1\,t} + 20

La condition initiale θ(0)=90\theta(0) = 90 donne C+20=90C + 20 = 90, donc C=70C = 70 et θ(t)=70e0,1t+20\theta(t) = 70e^{-0{,}1t} + 20.

Au bout de combien de temps le café atteint il 4040 degrés ? On résout 70e0,1t+20=4070e^{-0{,}1t} + 20 = 40, soit e0,1t=27e^{-0{,}1t} = \dfrac{2}{7}. En appliquant le logarithme :

0,1t=ln ⁣(27)    t=10ln ⁣(27)=10ln ⁣(72)12,5-0{,}1\,t = \ln\!\left(\tfrac{2}{7}\right) \iff t = -10\ln\!\left(\tfrac{2}{7}\right) = 10\ln\!\left(\tfrac{7}{2}\right) \approx 12{,}5

Il faut donc environ 12,512{,}5 minutes. On vérifie la cohérence : la température tend vers 2020 degrés quand tt grandit, ce qui est bien la température de la pièce.

Erreurs classiques à éviter

  • Oublier la constante CC dans les solutions.

    Une équation différentielle a une infinité de solutions. Écrire f(x)=eaxf(x) = e^{ax} au lieu de CeaxCe^{ax} revient à n’en donner qu’une seule.

  • Se tromper de signe dans la solution constante.

    Pour y=ay+by' = ay + b, la solution constante vaut ba-\dfrac{b}{a}. On la retrouve en résolvant 0=ay+b0 = ay + b.

  • Écrire f(x)=Ceax+bf(x) = Ce^{ax} + b pour l’équation y=ay+by' = ay + b.

    Le terme constant est ba-\dfrac{b}{a}, pas bb. Pour y=2y+6y' = -2y + 6, il vaut 33, et non 66.

  • Appliquer la formule de y=ayy' = ay à une équation non développée.

    Une écriture comme θ=k(θθa)\theta' = -k(\theta - \theta_a) doit d’abord être développée en θ=kθ+kθa\theta' = -k\theta + k\theta_a pour identifier aa et bb.

  • Utiliser la condition initiale avant d’avoir écrit la forme générale.

    L’ordre est imposé : d’abord toutes les solutions avec CC, ensuite seulement le calcul de CC à partir de la condition initiale.

  • Confondre le rôle de aa et celui de CC.

    aa vient de l’équation et fixe le comportement (croissance si a>0a>0, décroissance si a<0a<0). CC vient de la condition initiale et fixe seulement la courbe choisie dans la famille.

Et maintenant

Le cours est lu ? Vérifie qu’il est acquis : le QCM repère les trous, les exercices confirment en conditions réelles, les flashcards ancrent les formules.